ADIEU SERGE CONILLE!

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TRiboLAND

Par Jean L. Théagène

En la circonstance, je crois entendre Montesquieu nous redire à l’oreille :” Je voudrais bannir les pompes funèbres ; il faut pleurer les hommes à leur naissance et non à leur mort”. Aujourd’hui, que mon ami-frère, le Dr Serge Conille, cette fleur- soleil, fièrement campée sur sa tige et qui prenait plaisir à se gausser des soltices et des équinoxes, a choisi sans tambour ni trompette de s’en aller vers l’Orient Éternel pour rejoindre de ce fait son destin de poussière .

Et c’est Maeterlink dans la ” Mort, l’Hôte Inconnu” qui disait:” Tout être conscient d’exister a le sentiment inné de sa persistance et de son individualité. Il lui répugne instinctivement de n’être plus et de retourner anonymement au creuset de la terre, dût- il en rejaillir sous forme de pierres précieuses et de floraisons. Ainsi, nous devons nous consoler à l’idée que la Mort naît de la vie et que la vie naît de la mort, que les moissons d’idées, les ferments de destruction ou de renaissance naissent du charnier des pourritures et poussent au soleil des morts.

Tout en gardant la mémoire, ce n’est qu’un triste Au Revoir d’ami, de frère qu’exprime ma réaction émotionnelle devant cette disparition. Sur les chemins d’exil nous n’avons pas perdu de traces, nous avons, lui et moi, cultivé assidûment les jardins d’une amitié pérenemment souriante qui va désormais manquer à l’appel du vécu quotidien. Une génération s’en va et voici qu’un grand nom est effacé dans la mémoire de l’actualité vivante. Fort heureusement, Dieu aidant, il s’est inscrit dans la mémoire historique haïtienne.

Il y a de ces Êtres tellement immenses qu’on ne peut que s’y heurter à chaque fois qu’on s’engage sur les sentiers de l’Histoire. Et je demeure persuadé que le Dr Conille, homme de lumière, ne tardera pas du haut de l’Olympe éternel à éclairer les multiples zones d’ombre pour finalement faire éclater à la face du monde prétendument civilisé la Vérité historique de l’État d’Haïti, petit par la taille mais démesurément grand par sa réserve inaltérable de patriotes incorruptibles. Car, de cette Histoire où les événements et les hommes se sont constamment cognés, il en a toujours été, à la fois, un témoin et un acteur.

Ce n’est qu’un au revoir Doc! Ton départ pour l’éternité, Camarade Fraternel, pour ta famille, pour les proches de ta génération constitue une brusque accélération d’une vie qui ne demandait qu’à se prolonger pour ta joie épicurienne des plaisirs de l’existence, si la pernicieuse maladie n’avait pas si vite fait ses ravages . Ah! Cette vie remplie de bons souvenirs dont le mélange participe de l’humeur divine, qui, paradoxalement fait l’essentiel de l’humain n’est pas éteinte. Tu as tout simplement fermé les yeux sur le monde où nous sommes pour retrouver ton monde d’hier qui tourbillonne dans le monde d’aujourd’hui .

S’il est vrai que les mots et les larmes ne rendent pas la vie, du moins, ils exorcisent la douleur. Et puisqu’ impuissants, nous ne pouvons que nous courber face à cette espèce d’arrêt de la théocratie. À Gigi, Gary, Jean, tes enfants et petits enfants, nous disons simplement: Courage! Car, c’est par la Mort qu’on arrive à la présence de Dieu. Vale! Jean L. Théagène

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