DUVALIER:UNE MARCHANDISE QUI SE VEND BIEN …

“Est-il possible de concilier l’idéalisme moral avec le réalisme politique”?
J.L.T.
Hier, Mardi 5 Août , je suis tombé par hasard sur le texte :” Pourquoi reprendre l’histoire à partir de François Duvalier, sous la plume de Mike Joseph. D’un bout à l’autre et d’une traite je l’ai lu avec autant de plaisir que “Gouverneurs de la rosée “et je me dis: Décidément , le destin des Hommes d’État tout comme celui des grands hommes politiques a toujours été provocateur, sinon troublant. De guerre lasse, il m’est venu à l’dée le texte ” Bruit du silence” auquel j ‘ai répondu “Silence du bruit”. Et ce n’était donc point sans un réel serrement de coeur que j’avais pris connaissance dans le Nouvelliste #36665 du 20 Avril 2003 du texte signé de Jean Claude Fignolé, un “Monsieur qui avait des lettres” et dont le texte aurait pu être magistral, s’il ne fût entaché de la ” subjectivité arrogante” d’un écrivain qui a laissé l’artiste ou le littéraire prendre le pas sur l’analyste politique.
Sans doute- et l’on n’apprendra rien à personne à propos et ce genre d’attitude- l’auteur de l’article en question parle de Toussaint Louverture et de François Duvalier en des termes peu élogieux. S’il a su trouver quelques affinités entre la politique de Toussaint et certains comportements de François Duvalier, cela ne justifie nullement ses mots méchants envers l’un et orduriers envers l’autre; ce qui dans tout écrit d’homme civilisé ou, à tout le moins courtois, ne peut qu’en rabaisser l’auteur tout en le proposant comme modèle à éviter aux générations futures de chercheurs universitaires. Il est vrai que dans le Temple de Thémis, on n’organise aujourd’hui que des combats coqs, spectacles sanglants un tantinet inhumains qui n’amusent en fait que les gens friands de sensationnel et d’insolite. Soit dit en passant, j ‘ai assisté ce matin même à un combat de coq à l’entrée du Parquet de Port-au-Prince. ( parenthèse fermée)
Sans vouloir défendre l’indéfendable, il est très important de replacer les choses dans leur juste proportion. Le Dr François Duvalier est tout ce que vous voulez, sauf un VOLEUR, un Mafieux, un homme d’argent et ne s’est jamais préoccupé de se faire beaucoup d’amis à coup de dollars et de complaisance.
Et c’était” ce mépris souverain des satisfactions matérielles ” souligné par Gérard de Catalogne que tout le monde s’accorde à reconnaître dans la gestion de Duvalier, à l’opposé de ses détracteurs dont la morbidité oscille entre la terreur et la fureur. Payés en leur temps pour camper F. Duvalier dans tout l’éclat d’une splendeur surfaite, les panégyristes: journalistes et autres thuriféraires , tels un Roger Gaillard et bien d’autres ont sans doute passé sous silence les autres aspects de son action politique. Toutefois, la seule et unique concession qu’on puisse faire à quelque “furieux dénigreur” affecté d’opportunisme, c’est cette accumulation de crimes politiques commis sous son mandat. En effet, il ne s’est jamais fait le défenseur ou le protecteur de la vie de ses adversaires politiques. Il a, par-dessus tout permis à sa milice de dégager l’horizon politique haïtien des nuages qui s’amoncelaient dangereusement, annonçant par ainsi les orages et tempêtes dont l’indice de destruction était d’ailleurs très haut dans l’échelle de son gouvernement. Avec lui, ce fut certainement l’intronisation d’une façon de gouverner qui n’avait de nouveau que la défense impérative de son régime, de son pouvoir et qui pouvait se traduire par le non-respect ou le peu de respect que cet homme avait pour la vie humaine, nonobstant l’essentiel de son serment d’Hippocrate que le choix de sa profession lui avait fait prêter dans sa jeunesse. Mais à tout le moins, l’ennemi était averti, la Nation était prévenue. Monsieur avait choisi de vendre cher sa peau.
Dans cet ordre d’idées, il importe de reconnaître la pertinence de la diatribe de l’auteur sur le professionel de la Santé que fut François Duvalier. C’est en quelque sorte tout à son honneur d’avoir replacé ce médecin-chercheur dans la perspective de sa profession, en exhumant des poussières de l’oubli et de l ‘indifférence les résultats d’une de ses Recherches portant sur la” pneumonie primitive atypique “. Malheureusement, l’auteur a ajouté quelques effluves de ses états d’âme qui ont fini par corrompre une analyse si bien entamée: Pourquoi s’écrie-t-il, au lieu de se piquer de politique ne se fut-il avisé de continuer ses Recherches en épidémiologie. Il eut valu à Haïti son Premier Prix Nobel, au lieu de l’accabler du désastre politique, économique, sociale d’un régime qui nous a conduit (sic) à l’absolue catastrophe morale que nous vivons aujourd’hui? On comprend en tant qu’intellectuel et universitaire, l’auteur ait pensé privilégier le chercheur scientifique plutôt que l’homme politique, en oubliant simplement que l’homme est un TOUT. Il ne peut donc y avoir de cloison étanche entre les cellules, les gênes et autres composantes biologiques de l’homme politique et de l’homme tout court. C’est le premier point qui infirme le bien fondé de l’article de Jean Claude Fignoliste . Ainsi commença son délire!
Soit dit en passant, le politique, fût-il le plus révolutionnaire , cherche toujours à un moment donné le compromis; le tenant de la morale ne saurait, lui, composer avec le mal et finit toujours par se résigner à l’extermination. Jusqu’à aujourd’hui, en France le Robespierrisme moral continue d’imprégner sa vie politique et notamment la gauche, avec son cortège de pulsions exterminatrices et de repentances rédemptrices. Cette gauche de Robespierre, contrairement à celle D’ARISTIDE et de ti légliz est sûre de sa vertu, sûre de son bon droit, sûre de son avenir: sa détestation de l’adversaire reste la preuve de sa conviction. N’empêche qu’elle préfigure deux siècles de croyance. Par contre, la gauche de Danton, plus modeste dans ses ambitions, plus respectueuse de l’adversaire permet à l’idée révolutionnaire d’échapper à la réprobation et d’être acquittée au bénéfice du doute. Voilà comment les civilisés élèvent l’esprit public. Dans le Notre Père, au pays d’Haïti Thomas, le délivrez- nous du Mal est incarné par les puissants, la bourgeoisie traditionnelle , qui non contents de transformer les affrontements politiques en une psychomachie, opposent et les hommes et le système .
Épris de sincérité comme Jean-Jacques Dessalines son modèle, Duvalier était prêt à tout sacrifier à cette forme de conformité à soi- même, qui fait bon marché de la vérité même. Tout est Tribunal pour lui, la conscience, la vie politique, les assemblées, et sa Présidence où il n’est entré que par accident mais où il se maintient grâce à sa conviction d’y avoir été envoyé pour y faire le bien. Qu’ils s’appellent classes moyennes, lupem, il choisit de les prendre de moins infini pour les emmener à plus infini sans même passer par les valeurs intermédiaires. Mais le matin du 7 Février, la République avait besoin de grandes trahisons et son Tribunal de grands coupables. C’est Brissot qui disait. “Ne calomniez pas la défiance. Elle est gardienne des droits du peuple. Elle est au sentiment profond de la liberté ce que la jalousie est à l’amour.”
Et malgré tout, il trouve dans les actes de François Duvalier dans”sa funeste mégalomanie” et dans sa profession de foi politique, l’écho bi-séculaire de la prestation Louverturienne. Il détache complètement ce dernier de ses déclarations d’inspiration Dessalinienne, malgré la collusion constatée entre la parole prononcée et l’action induite. Quelle aberration! Des différences fondamentales détachent Toussaint de Duvalier. Le Premier est à son époque, un “étapiste” en matière de gestion et de perception de la réalité coloniale. Le second, un fonceur impénitent frisant parfois la folie dans la poursuite de ses objectifs. Toussaint souhaitait l’autonomie, non l’indépendance de son espace géographique colonial, avec au bout du compte, son rattachement à la Mère-Patrie. Pure utopie. Duvalier, lui, voulait soustraire le pays à toute influence étrangère, qu’ elle fût occidentale ou Caraïbéenne . Il est allé même jusqu’à défier le tout puissant Président Kennedy dans son désir apparemment légitime de le chasser du pouvoir pour cause d’illégitimité constitutionnelle, ou de non-respect de la tradition politique continentale. Il n’a jamais laissé un vide politique quelconque l’empêcher d’administrer le pays. Où est donc l’entorse au Protocole d’État? Administrer par décret- loi: quel Chef d’État ne s’est pas prévalu de cette prérogative durant son mandat? Ce n’est pas nous qui l’avons dit :” la nature a horreur du vide” particulièrement du vide politique.
(À SUIVRE) J.L.T






