LETTRE OUVERTE AU CORE GROUP

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TRiboLAND

Mesdames, Messieurs du Core Group,

Écrire à un groupe de diplomates sur les Affaires internes d’un pays est une contradiction pour tout bon patriote. Au premier degré, ce geste a l’air d’une trahison ou d’une faiblesse impardonnable. Dans le fond, cependant, il peut s’agir d’un acte de résistance. Résistance à l’ingérence et à une volonté patente de quelques acteurs de condamner un pays à genoux au chaos. Cohérent à mes positions antérieures sur le Core Group, j’assume, encore une fois, pleinement et entièrement, cet acte de résistance m’enjoignant à vous adresser une nouvelle correspondance ouverte avec le cœur émietté d’indignation. 

Votre influence, avec les États-Unis en tête, dans les Affaires internes d’Haïti est prédominante, omniprésente, grandissante et patente. Rien n’échappe à vos recommandations et à vos injonctions. Cependant, je ne vais pas vous demander de poser une quelconque action en faveur d’Haïti, car je sais pertinemment qu’il n’est ni de votre responsabilité ni de votre mission d’agir en faveur de mon pays. Vous deviez être liés à Haïti selon les termes de la coopération internationale, en respectant vos limites. C’est loin d’être le cas ! L’ordre des choses fait de vous un acteur clé de la vie politique haïtienne. Cela rend service à votre domination, mais fait des victimes considérables. La démocratie en est au peloton de tête.  Vos ingérences et vos pratiques l’atrophient. Elle est supplantée par votre propension impérialiste à toujours avoir la voix au chapitre. Je condamne, en mon statut de citoyen, votre posture prétentieuse, royaliste et dominatrice qui crache sur la volonté populaire. Je la dénonce au lieu de solliciter un geste de votre part.

Tout compte fait, vous soutenez la présidence sans brocher. Vous ne dénoncez jamais ses manquements. Au contraire, vous égrenez des chapelets d’éloge à son endroit. Dans l’éloge vous êtes dans le déni comme vous l’auriez été dans la dénonciation. Le Chef de l’État s’enorgueillit d’avoir votre pleine bénédiction, mais il demeure myope quant à la portée limitée de cette onction. Votre aide, lui permet-il d’adresser les défis que confronte son peuple ? La précarité de la population y répond négativement. Vous êtes le chantre de la stabilité institutionnelle au nom de laquelle vous dites soutenir le président.   Est-ce uniquement la présidence qui doit jouir de cet apport ? La vie des citoyens, le respect du temps constitutionnel et du temps électoral, n’ont-ils aucun prix à vos yeux ? N’est-ce pas le président qui, devait garantir la bonne marche des institutions, s’est mué en fauteur de troubles ?  De toute façon, le président de la République peut seulement compter sur vous pour se maintenir au pouvoir dans les circonstances que nous connaissons tous ; tandis que vous profitez de sa présidence pour assouvir vos ambitions géostratégiques et politiques.

Déterminés à soutenir un président impopulaire, les dangers qui profilent à l’horizon vous échappent largement. Les innombrables inobservances du locataire du Palais national font d’Haïti une poudrière. En effet, je signale à votre attention, Mesdames, Messieurs du Core Group, que mon pays court un risque imminent de guerre civile. Les poches de banditisme continuent à se gonfler dans le pays. Le citoyen aux abois ne compte plus sur les forces de l’ordre pour protéger sa vie et ses biens. C’est à un pistolet ou à une arme de gros calibre, acquis souvent dans des conditions obscures, qu’il confie sa sécurité afin de pouvoir   riposter aux assauts des gangs qui font écran à la Police.  À cela s’ajoute, une méfiance grandissante de la population à l’endroit de ses élus. Si votre soutien ne peut pas raisonner le président de la République, il ne lui est d’aucune utilité. Au contraire, il peut précipiter sa chute avec des conséquences désastreuses, d’abord pour le pays, ensuite pour sa famille, enfin pour ses alliés.

Je ne saurais jamais vous demander d’agir pour le bien de mon pays. Ce qui vous donnerait un prétexte de plus pour multiplier les atteintes que vous portez délibérément et systématiquement, avec la permission de vos marionnettes, à la souveraineté d’une nation qui a osé être libre. Vous avez malheureusement gagné une place à toutes les tables décisionnelles. Profitez-en pour instiller du jugement dans l’esprit des décideurs qui vous sont dévoués. Faites-en sorte que l’indécence puisse miraculeusement servir la décence.

Le président de la République ne sait quel pied mettre devant. Ses allocutions sèment davantage d’instabilité qu’il n’en existait auparavant. Il lui incombe inéluctablement de créer les conditions devant mener à la conclusion d’un accord qui puisse frayer sa sortie et dessiner les contours de ce que le demain du peuple haïtien sera fait. Jouer un rôle dans cette voie parait moins contre-productif que celui d’accabler les opposants au gouvernement de blâmes, de menaces ou de leçons qui n’ont de vertu que pour vous. Les désaccords à l’égard des actions gouvernementales et des soutiens qu’il bénéficie font florès. Mais, eu égard à la gravité de la situation qui risque de donner de nouveaux arguments à la résistance populaire, le président gagnerait à faire des concessions. Tout contributeur à cette démarche sera digne de ses prétentions amicales.

Chaque acteur sera jugé impartialement par l’Histoire, qu’il soit chef d’orchestre ou simple musicien. Le Core Group ne devrait pas en disconvenir !

Walsonn SANON

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