L’OPINION PUBLIQUE : UNE ARME POUR LA PAIX (suite)

“Il faut jamais jeter des perles aux pourceaux”
En 1990,une immense erreur collective, au nom de l’Église a été commise. Grâce à un noyau d’inconditionnels internes,le petit Prêtre des bidonvilles a pu se faire élire. Qu’on cherche dans les archives secrètes ou dans les tiroirs de la mémoire le dossier de ces musiciens que ce chef d’orchestre a éhontément trompés et dont on claironne le nom dans les dithyrambes sonores et creux pour exorciser les résonances lugubres de leur choix initial. Parce qu’intellectuels doués d’une certaine conscience politique, ils sont plus coupables que ces hommes de main auxquels ils confiaient l’exécution de leurs basses œuvres .
Aujourd’hui, tout le monde se présente devant le peuple avec une aura de pureté. On oublie vite ses options politiques pour n’en garder que les manifestations matérielles évidentes : résidence principale, marques diverses de voitures, hôpital, etc.. Il est à souhaiter que les gens se reprennent rapidement pour ne pas opérer davantage un héritage déjà trop atrophié. Que ceux qui sont coupables de meurtres, de vols et de spoliation soient jugés et punis conformément à la loi. Mais de grâce qu’on laisse vivre en paix ceux qui, dans le silence du dénuement total, maudissent à présent le jour où le destin a placé sur leur route ce prêtre démoniaque du nom d’Aristide.
Car, de mémoire d’historien, on n’a jamais vu un être aussi méchant diriger les destinées d’Haïti. Un individu qui a introduit dans nos moeurs toute l’immoralité et l’amoralité politiques propres à ses choix d’halluciné : représailles massives, meurtres d’enfants, exécution en pleine rue, vol institutionnalisé, déviations sexuelles, corruptions de fonctionnaires ,gabegie administrative etc… Bilan qu’il s’alourdit des émigrations forcées. Ce tableau, pourtant esquissé à vol d’oiseau ne fait qu’accréditer l’idée que cet homme n’avait rien d’un chrétien et qui sut dépasser en horreur ce qu’un peuple peut concevoir de plus aberrant et de plus monstrueux.
Cela il faut avoir le courage de le dire à l’opinion publique. Il faut aussi le chuchoter à l’oreille de nos enfants qui dans leur innocence doivent nous demander des comptes afférents à notre passivité de 35 ans, à notre résignation dictée par la lâcheté et le mépris de ceux qui avaient pour devoir de nous débarrasser de la fange aristidienne dont la puanteur continue ,comme en une insistance désespérante à affecter nos poumons qui pourtant, ont désormais accès à l’air libre. Il faut finalement le crier sur tous les toits que le spectre grimaçant de “lavalas” tient en laisse un peuple fier de ses origines et désireux d’assumer son destin.
C’est cela le devoir d’une opinion publique éclairée. C’est cette mission qui est confiée aux meneurs de cette opinion, mission qui consiste à expliquer les véritables causes de ce fascisme caraïbéen et à proposer des remèdes efficaces pour traiter le mal haïtien. Hors de cette délimitation, toute intervention confine au verbalisme et à la démagogie. Trop longtemps, nous avons été soumis à une indigestion de théâtralité politique .Que nous manque-t-il pour parachever l’œuvre commencée ? Très peu de choses en effet : satisfaction des revendications sur le plan de la justice, du relèvement et de l’ajustement des salaires, d’une politique adéquate au niveau agricole, sanitaire, social, poursuite judiciaire vis -à-vis de fonctionnaires corrompus, vigilance face à toute tentative de retour en arrière. Mais ce qu’il nous faut surtout- et l’on ne devra jamais cesser de l’écrire et de le dire- c’est cette volonté de choisir le chemin du chaos ou les voies de la lumière.
C’est la dernière chance pour notre pays de se présenter au concert des nations comme un partenaire valable et pour notre collectivité de s’imposer comme une nation civilisée. Nous ne pouvons plus accepter que la République voisine menace nos frontières, que la communauté internationale dans un geste de commisération ironique nous expédie du blé écru pour nous nourrir. Le respect ou l’estime qu’on voue à un peuple est lié à l’utilisation que ce dernier fait des valeurs de civilisation en cours dans le monde moderne.
Faire de l’opinion publique, une arme pour la paix: voilà le combat que nous semblons mener en solitaire. Attiser les haines,détruire les réputations,tuer et déchouquer, tout cela ne fait que hâter le cataclysme qui nous enterra une dernière fois. Si “l’opinion publique ne peut se former que d’après la connaissance qu’elle a de certains faits, de certaines situations ” son expression est tributaire du langage général de la presse qui constitue en soi un quatrième ou un cinquième pouvoir. ” Vox populi” dit le proverbe. ” Personne ne peut prétendre avoir raison contre le peuple “. C’est là une évidence qui élimine tout sophisme, toute tentative de raisonnement par l’absurde. Au demeurant, l’opinion publique haïtienne, parce qu’en gésine, doit être façonnée, moulée et surtout orientée dans le sens des intérêts majeurs de la collectivité. Elle doit aussi produire l’impact souhaité qui est de servir de fondement au renouvellement des valeurs d’une société qui a fini par se retrouver réellement.
JEAN L. THÉAGÈNE






