TE REVOIR, HAÏTI, 35 ANS APRÈS….

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TRiboLAND

Par JLT

“Poète, sois leur doux
Car leur sort est tien”….

À vingt et un ans d’un exil immérité, il nous fallait nous réconcilier avec nous-mêmes et du même coup rabibocher notre âme avec notre pays. À l’occasion qui nous est donné de revoir, Port-de-Paix, cette ville où nous avons écoulé le plus clair de notre adolescence, nous avions recherché, a priori, les signes de changements qui nous feraient croire qu’elle est en train de bouger avec le temps. Mais force nous est de constater qu’elle se cherche encore comme un coq qui aurait perdu un oeil dans la chaleur du combat. Elle cherche un biais pour s’enfuir, se démettre, récuser tout ce pour quoi elle avait combattu dans le passé. Ma ville, s’il faut le dire, se complaît dans la lypémanie d’une routine consacrée par un système en giration. Elle a assisté, nonchalante et résignée, à l’exode massif de ses fils, au transfert de son quai, à l’investissement de ses rues déjà défoncées et poussiéreuses par une force irrationellement appelée marchande de rues, taxi- motos, et une populace qui ne finit pas de s’accroître comme si cette ville servait de tremplin aux passeurs.

C’est vieux, Port-de-Paix a renoncé à ses démons, à leurs pompes, à leurs oeuvres. Si pour des raisons qu’on se refuse à avouer, on continue à lui faire un procès d’intention de filibustier, nous ses fils, nous continuous à nourrir cet espoir de désespéré qu’un jour, elle reprendra son droit à la vie comme toute ville derrière laquelle s’étale un passé riche de faits glorieux et de promesses d’avenir. Selon toute analyse, la ville donne l’impression d’être condamnée à connaître le sort du vaincu. Et nous qui croyons en son immortalité!
De fait, ne peut mourir ainsi une ville qui, non seulement a produit Capois, Tertulien Guilbaud, mais aussi riche de faits glorieux et surtout foisonnant en noms qui servent de tête d’affiche. Elle fait même de nos jours l’effet d’un néologisme. On parle à tort de ces milieux qui sont” Port-de-Paisianisés”.

Nous l’avons regardée vivre et nous est avis qu’elle reste indifférente à pareille gloriole. Elle a choisi de vivre avec ses insuffisances et ses besoins que peu de ses enfants connaissent. Elle a choisi de vivre avec le mépris de ceux qu’elle chérit encore. S’il est vrai que l’amour de la terre est comme l’amour d’une mère, qu’on le veuille ou non, on doit s’y attacher comme son écorce vivante. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, puisqu’elle vit en nous, dans nos moindres gestes, nos moindres pensées et même dans notre phonétique, dans notre langage, elle reste souder à nous. ( À SUIVRE ) . J.L.T.

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