LES SILENCES COUPABLES D’UNE TERRE ASSOIFFÉE..

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Par J.L.T.

“Beaucoup croient que la démocratie existe dès lors qu’il y a des élections libres et que la majorité fait la Loi. Nous savons bien qu’il s’agit d’une vision parfaitement simpliste”. Cette opinion de Jacques Lesourne s’applique avantageusement au cas d’Haïti où tout se fait ” constitutionnellement” les rares bonnes démarches tout comme les nombreux débordements. Ce qui, néanmoins étonne dans ce salmigondis historico- culturel que connaît Haïti en ce début torride de siècle, c’est la démission des clercs. C’est aussi le silence des agneaux qu’on égorge dans la solitude compassée des abattoirs de haute technologie. C’est encore l’insensibilité des spectateurs amis :USA, FRANCE, CANADA à la tragédie nationale. Et c’est enfin l’aveu d’échec des théoriciens de la mondialisation, des chantres de l’interdépendance qui parlent aujourd’hui de “fatalité haïtienne ” pour masquer l’inanité de leurs calculs catastrophiques et de leur insistance criminelle dans l’erreur.

En Haïti, plus qu’ailleurs, les conséquences sociales de la paupérisation n’ont jamais été prises en compte par une formation politique qui a toujours professé un nivellement par le bas. C’est là une hérésie dont collectivement nous payons la note au prix du sang qui s’échappe autant des viscères éclatés des victimes de l’insécurité que des veines ouvertes du sol national. La présomption de pureté morale qui a pré-existé á toute une coterie de latifundistes en simarre et qui a suggéré les mots historiquement malheureux des Mulroney et des Clinton dans leur jugement aprioriste de la société haïtienne pose un problème de connaissance de soi et d’affections psychanalytiques aux témoins de notre époque. Mais l’expression politique de cette pureté qui s’est condamnent éloignée de l’Évangile humanitariste des Hommes d’État dignes de ce nom interpelle plutôt la conscience de tout un peuple qui assiste impuissant à son propre suicide et semble se délecter de se voir mourir lentement dans les miroirs de la contre-histoire et de la contre- culture.

En effet, comment comprendre qu’aujourd’hui encore, en marge du bon sens et de la logique cartésienne, on pousse le fanatisme jusqu’à “défendre l’indéfendable”? Comment accepter que des victimes réelles et potentielles puissent en ces temps de revendications politiques et d’érection de” structures supra- judiciaires” continuer de se vautrer dans l’abjection en embrassant les bras qui les frappent et les mains qui les étranglent? Les élections, aujourd’hui, n’assurent plus le triomphe de l’excellence et de l’efficience. 220 partis politiques! Et n’importe quel vulgaire parvenu s’imagine Candidat. Il faut croire que la démocratie n’induit plus le succès de la moralité dans les méandres de l’aventure humaine.
(À SUIVRE) J.L.T.

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