LE CHOIX DE LA FANGE OU DU PARFUM…

“LA PAIX N’EST PAS L’ABSENCE DE GUERRE”
Il est vrai que depuis l’indépendance, s’il me faut parodier Aline Lacombe, notre pays est resté étrangement fasciné par l’échec. Mais ma recommandation procédant d’une perception lucide du fait journalistique revêt un caractère d’urgence dans la conjoncture sociopolitique haïtienne. En effet, comme pour sacrifier à un rituel périodique soumis aux caprices d’une histoire toujours en devenir, les forces nationales s’éparpillent après avoir perdu la longueur d’avance dont elles bénéficiaient aux lendemains du 1er Janvier 1804 dans leur course vers le soleil. Pourtant, le décor était monté après ce que les uns appellent la” fulgurance louverturienne” et ce que les autres baptisent l’”épopée Dessalinienne “.
Que c’est loin, tous ces hauts faits qui nous arrivent sur une note” moderato cantabile” (bruissement) des vagues de mer sur des plages non entretenues dans un premier temps pour finir désertes! Que c’est loin la finesse d’un Toussaint jouant à cache-cache et à qui perd gagne avec les grands ténors du colonialisme : Sonthonax, Hédouville,Maitland! Que c’est loin tous ses efforts de” Fatras Bâton” pour unifier sous son commandement les groupuscules aussi disparates dans leur conviction qu’indisciplinés dans leur stratégie que ceux d’un Biassou ou d’un Jean François. Le temps semble être à présent à autre chose qu’aux finasseries spirituelles, aux subtilités de la diplomatie, aux sinuosités de la politique. Il est, ce temps, à l’anarchie entretenue, à la violence planifiée et à la médiocrité dans toute sa laideur. Au lieu d’apaiser la souffrance d’un peuple qui a toutes les raisons d’être en colère, au lieu de canaliser l’énergie dont il a toujours fait montre à l’assaut des Bastilles et la chasse meurtrière aux brebis égarées, on préfère flatter ses instincts ou souscrire à ses moindres revendications byzantines et saugrenues même quand on les sait inopportunes, égoïstes et quelquefois inciviques. Tout cela pour se faire un petit capital politique dont on se débarrasse vite le moment venu, c’est-à-dire après les élections.
Il est vrai qu’une torche à la main et le fusil dans l’autre, Dessalines disait “koupé tête boulé kay”. Il avait cependant en face de lui, non pas les rescapés de la guerre du Sud, les bandes misérables de Petit Noel Prieur, de Jean-François et de Biassou qui jadis ont combattu sous n’importe quel emblème, mais la crème des armées Européennes, coutumières des conquêtes et habituées des victoires. Et par ce cri, il a vaincu les tenants d’un ordre de choses qu’arboraient en ce temps-là les consciences réveillées et les esprits progressistes. Répéter ce slogan 221 ans après relève, sinon d’une effarante régression, du moins de l’incurie des élites à proposer de nouvelles voies à un peuple qui cherche à se convertir en nation. Une simple analyse de la conjoncture politique haïtienne suffit en effet à décommander l’emploi d’une telle stratégie dans la lutte à finir que nous livrons contre toutes les formes de sous-développement encore celle mentale. Car, si l’on coupe les têtes et brûle les maisons, on ne fera que concéder des arguments forts aux adeptes de l’interventionnisme et à tous les racismes qui prônent la vassalisation du nègre. À tout le moins, on diminuera les ressources de la nation face à l’urgence du progrès et au besoin de dignité de la collectivité.
Cela ne veut pas dire qu’il faille abandonner aux vautours internationaux notre sous-sol, notre parc industriel et surtout la reconstruction de notre pays. Ces entreprises doivent se réaliser dans le cadre d’un processus bien déterminé et surtout capable de prouver aux autres que nous aussi, nous sommes des civilisés. Ici, pourtant, les choses se passent en dehors de toute logique et même de gros bon sens. Vide constitutionnel, puisque la constitution ne sert qu’aux besoins de la cause, désert d’idées, désert d’action, déficit d’hommes debout, le tout combiné entraîne un vide de moralité politique comme si la vie pouvait s’arrêter à chaque changement de régime pour reprendre quelque temps plus tard. Alors, faites- moi rire et dites- moi que l’enfantement d’une Haïti nouvelle peut s’effectuer dans le cadre douloureux de poursuite des césariennes laborieuses et surtout d’obésité mentale et d’ignorance crasse. Serait-ce le cycle infernal des attaques et contre-attaques?
(À SUIVRE)J.L.T.






