SANS LUNETTES ET SANS COMPLAISANCE, LA DICTATURE DES DERNIERS DE CLASSE

487
0
Share:
TRiboLAND

Par JLT

“Si le silence des peuples est la leçon des rois (Jean – Baptiste Beauvais), le mutisme des Élites demeure le résultat combiné de l’imbécilité, du crétinisme et de la mauvaise foi ”

Qui peut comprendre ce qui se passe actuellement en Haïti? Sur le papier recyclé des journaux et sur l’écran répétitif des ordinateurs, les analyses tombent, drues, savantes mais autrement hypothétiques, sinon stupides, car ne se fondant sur aucune grille de comparaison. Haïti est devenue un laboratoire où experts et magouilleurs du monde dit civilisé et du Tiers-Monde en voie de civilisation tentent de mettre à profit leur connaissance et expertise au détriment des naïfs du Quart-monde. Il en est ainsi depuis toujours et particulièrement depuis le 7 Février 1986 date à laquelle la communauté internationale produisit un cocktail explosif qu ‘elle est en train de faire boire à une collectivité en désarroi, pour ne pas dire totalement en détresse. Sans tenir compte de la culture bi-séculaire de la population haïtienne toujours tournée vers le haut, il lui fut imposé une marche à reculons qu’on dynamisa sous prétexte de démocratisation. Comme si la démocratie pouvait tomber du Ciel, fortuitement sans aucun préparatif d’accueil. Comme si un pays balkanisé trop longtemps diabolisé, pouvait échapper à cette caricature idéologique qui semble postuler le nivellement collectif par le bas.

On échappe donc à la dictature trentenaire de Duvalier, à la satrapie saccadée d’Aristide, pour retomber dans une médiocratie encore plus sombre. Sans vouloir chercher la cause première de cette exécrable situation, on peut tenter d’en identifier les paramètres humains: une classe politique sans dessein, des gouvernants vassalisés par l’extérieur, une population prête à toutes les exactions parce que soumises aux diktats d’apparatchiks biologiquement malhonnêtes et socialement limités dans leur vision d’un pays à sauvegarder, d’un État à protéger, d’une Nation à bâtir. Dès lors,il suffisait de la ruée sur la scène politique nationale de quelques têtes brûlées affligées d’un nombrilisme malsain pour créer les conditions susceptibles de promouvoir une regrettable involution du citoyen haïtien. Les tout premiers responsables de cette quasi-régression, ce sont les éléments de la diaspora qui ont importé, dans un dessein inavouable, les techniques arriérées de combat idéologique ou autre pour les appliquer au modus operandi de notre cher pays où il faisait bon de vivre, en dépit de l’isolement, du mépris dans lequel on nous a enfermés depuis notre Indépendance. En dépit des petites luttes claniques de fin de règne. En dépit des assauts sans suite fâcheuse lancés sur la Capitale Haïtienne par les Antoine Simon, les Tonton Nord et autres truands de la politicaillerie, assoiffés de pouvoir et d’avoir. En fin de compte, sans institutionnalisation outrancière d’une soi-disant revanche de la classe des gueux dont pourtant, à quelques exceptions près, nous sommes tous issus.

Car , si les fils de Pétion, de Boyer, de Geffrard et des quelques fantoches de la période de l’occupation américaine s’en sont donnés à coeur-joie avec la caisse publique, si, pendant longtemps, ils se sont permis d’afficher quelques séquelles du colonialisme de leurs pères biologiques, c’est simplement parce qu’ils n’ont jamais trouvé en face d’eux, ces Nègres verticaux dont l’action citoyenne ne s’accommode ni de la concussion, ni du crime, ni de l’immoralité. De plus, ils n’ont jamais été confrontés aux perspectives d’une saine émulation entre deux acteurs d’une même pièce. D’ailleurs, il est de notoriété publique que dans les régions où les citoyens se traitaient d’égal à égal, ce genre de situation n’a jamais tenu bon face à l’agressivité bon enfant des uns et des autres..Qu’on pense à l’ère Christophienne de l”histoire du Nord, à la période de pur héroisme de Maurepas, d’un Capois-la-Mort dans le Nord-Ouest! Ces héros, ces Hommes supérieurs ont légué à leur postérité un espace exempt des petitesses des contingences sociales et surtout une homogeneité génératrice de progrès et de paix.

Ce n’est guère le cas pour les autres régions d’Haïti qui, par leur capacité de nuisance et leur agressivité virulente, ont fini par affecter la santé sociale du pays tout entier. Joint à cela, l’émergence intempestive de l’esprit revanchard en a, elle aussi, contaminé les moeurs politiques. De sorte que les politiciens de ces cinquante dernières années n’ont jamais eu d’autres projets de société que de dresser une classe contre une autre au lieu d’en gommer les antagonismes ou de les réunir dans un grand dessein d’avancement collectif. Certes, une société a besoin de toutes ses composantes qui, en dépit de dissimilitudes individuelles sur le plan de l’éducation, de la formation intellectuelle ou de la situation financière, sont engagées dans le même combat pour la survie d’une nation. Il n’appartient pas à d’autres AGENTS EXTÉRIEURS ou COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE ou encore POLITICIENS LAQUAIS à la solde de L’ÉTRANGER d’exercer un dirigisme de facto dans les affaires d’un pays au nom d’une quelconque idéologie, fût-ce même la plus acceptable.

Ce qui se passe en Haïti depuis quelque temps provoque un déchirement cruel dans le coeur de tout patriote. Il est vrai que les adeptes des théories de la gauche sont enclins à qualifier de sentiment petit- bourgeois tout attachement d’un citoyen à son coin de terre. Mais il est aussi certain que le pays d’où origine cette espèce de gauche cocardière n’a jamais su imprimer une telle perception à ses citoyens qui, très souvent, manifestent plus que bruyamment leur patriotisme outrancier et qui, pour la plupart rejettent toute politique d’immigration ou d’intégration de minorités.

Quoiqu’il en soit, sans abonder dans le sens de l’auteur qui, au spectacle de certains choix de société, s’était écrié :” les peuples ont souvent les gouvernements qu’ils méritent”, on doit admettre que cette anomalie historique est aussi imputable à la rapacité de nos dirigeants et hommes politiques qui n’ont même pas eu la décence de se regrouper pour imposer un front uni à ces animalcules diluviens. La leçon magistrale qu’ils ont reçue les discréditent complètement et les obligent, toutefois qu’ils ont un tant soit peu de pudeur, à se retirer de toute éventuelle élection. L’Histoire de ces cinquante dernières années ne retiendra que le nom de Lesly François Manigat qui, quoi qu’on puisse en penser, a su garder la tête hors des eaux fangeuses de la politique haïtienne. Mais que voulez-vous? N’est-il pas vrai qu’en d’autres temps, on a préféré Tonton Nord à l’illustre Anténor Firmin?

Il suffit de jeter un rapide coup d’oeil dans notre histoire pour saisir les raisons de piétinement, sinon de recul national. À chaque fois qu’une élection haïtienne offrait l’opportunité de choisir entre un homme d’idées et une tête creuse , entre un patriote et un coquin, on optait toujours pour le deuxième, ne serait-ce pour avoir l’occasion de produire au Carnaval ces Têtes de Turc au détriment desquels tout le monde s’amuse sans penser une seule fois ” qu’après le bal, le tambour est toujours lourd à porter” .

Tant qu’il n ‘y aura pas un homme politique capable de se détacher du magma de base, une épée de Damoclès continuera à siffler sur nos têtes. Et elle a pour nom : “Mise sous tutelle du pays qui, le premier, organisa l’exposition mondiale des plus grands hommes noirs que l’humanité ait connus”

source : J.L.T

Share:

Leave a reply