HAÏTI : PLUS DE SYMBOLES PLUS DE FIGURES À ROMANTISER

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TRiboLAND

“Malheur au peuple en qui il ne reste aucun ombrage même mal fondé sur la liberté! Cette nation tombe dans un sommeil doux, mais c’est un sommeil de mort”.
Denis Diderot

Il est vrai que le passéisme du peuple haïtien lui a toujours permis de résister aux pressions du présent et même de poser des jalons pour l’avenir, quand même il s’agirait de rêves simplistes ou de grotesque illusions. Il est aussi certain que ce passéisme peut avoir un effet désastreux, paralysant, cataleptique au point de transformer un peuple dynamique en une communauté figée dans les affres et relents de sa grandeur passée. En fait, nulle nation ne peut prétendre à quelque évolution sans un axe de direction, sans une base collective de données. Aucun peuple ne peut espérer grandir sans le support d’une ossature sociale, culturelle et économique susceptible d’en consolider la charpente. À 221 ans d’une nation née de rien, telle une génération spontanée au milieu d’un mini bing-bang survenu trente-six milliards d’années après le premier, Haïti continue à donner d’interminables maux de tête autant à ses détracteurs traditionnels qu’à tous ceux qui se sentent sentimentalement concernés par son destin. “L’avenir, écrit Jean-Jacques Ampère, c’est la foi de notre âge, c’est le flambeau du passé, l’étoile du présent “. Malheureusement, à la foi de notre âge, il manque la force indispensable de nos convictions. Au flambeau du passé, il faut la chaleur intime des revendications légitimes. Quant à l’étoile du présent, sa luminosité laisse à désirer surtout dans les zones d’ombre toujours encombrées de vieilleries qui, à elles seules, parviennent à opacifier toute l’énergie contenue dans les êtres de lumière.

Quoiqu’il en soit, “il faut une terrible passion pour tenir contre une humiliation qui ne finit point “. Cette assertion de Denis Diderot s’applique encore aujourd’hui à la situation des gens de réflexion qui, dans leur quête de la vérité ou leur parcours vers les sommets, ne cessent de buter contre les obstacles de taille. Haïti la mal-aimée: On l’aime tant que paradoxalement on arrive à l’étouffer sous le poids d’un amour mal exprimé. On l’aime tant qu’on ne se rend même pas compte de l’exclusivisme ou du sectarisme dont on fait preuve en pratiquant l’excessif et le compassé. On l’aime tant qu’on est prêt à tuer tous ceux qui se permettent de l’aimer autant et même plus que soi. Voilà où l’on en est avec le nationalisme intéressé de ceux qui, sans aucune lecture et écriture se croient autorisés à faire la leçon aux authentiques.

Ainsi a-t-on sauvagement lynché le FONDATEUR de la Patrie Haïtienne. On a tué le symbole même qui a préexisté au rêve grandiose d’un pays de nègres libres dans un océan d’esclavage, d’esclaves noirs et de maîtres blancs. De l’odieux parricide du Pont-Rouge, nous devons retenir qu’un Grand Général noir est tombé et en même temps qu’un petit soldat de couleur, anonyme, qui avait une haute idée des notions de fidélité, de solidarité et d’amitié. Aussi, ne devrait-on pas s’étonner qu’aujourd’hui encore l’atmosphère Haïtienne reste empuantie de ces relents nauséeux qui asphyxient les poumons des Héros et transforment en nains les Géants qui nous ont jadis façonné cet environnement. Ne devrait-on pas s’étonner que des Haïtiens continuent à s’entre-déchirer, à s’entre-tuer, à se haïr. Hier, Jean Jacques Dessalines, Cincinnatus Leconte, Vilbrun Guillaume Sam ….aujourd’hui de moins illustres mais de tout aussi importants sur le simple plan humain: Mireille Durocher Bertin, Sylvio Claude, Roger Lafontant, Jean Dominique, Brignol Lindor, Amiot Métayer. À quand la fin de ce long martyrologe qui semble réjouir les fils de colons et les colons eux mêmes? Des intellectuels immoraux de la trempe de Renon n’ont pas hésité, dans leur temps à s’écrier:” Qu’on se figure le spectacle qu’eût offert la TERRE, si elle eût été peuplé uniquement de nègres, bornant tout à la jouissance individuelle au sein d’une médiocrité générale et substituant la jalousie et le désir du bien-être aux nobles poursuites de l’idéal? Devrons- nous toujours être sur la défensive dans ce combat entre la raison et la passion? N’est-il pas temps de montrer à ces pourfendeurs de nègres que plus jamais, pour nous il ne sera question de trahison et de crime.

Terminé le temps des génuflexions. Terminé, les soporifiques de la contre- histoire. Terminé, les appels au secours transformés en mise sous coupe réglée applaudie par les organisations supra- nationales. Terminé, enfin cette conception qui veut que le jour où le pays identifié par ses élites d’alors, assassina l’Empereur , il commit un suicide. Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est le brasier d’un exorcisme délirant pour purifier l’histoire nationale. Être Dessalinien signifie simplement qu’il n’y a qu’une seule vertu: la justice, qu’un seul devoir: le bonheur collectif, qu’un seul corollaire : le mépris de sa propre vie pour y parvenir.

J.L.T.

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