Pourquoi la jeunesse ?

32
0
Share:
TRiboLAND

par Jean-Luc Mello

Comme toujours, la France est excessive dans ses mouvements sociaux. Mais cela évite pour bon nombre de commentateurs d’aborder le fond. Ce qu’indiquent d’autres pays européens avec des mouvements lycéens, étudiants et de jeunesse, parfois tout aussi violent, mais pour la grande majorité, même en France, tout à fait pacifistes. Il s’agit des inactifs avant l’âge de raison avant leur insertion dans le travail salarié obligatoire. Pour l’âge de reproduction, il a été reporté à la moyenne de 35 ans pour le premier enfant.

Alors qui est chargé de mettre ces enfants à la raison, leur fournir ces fameuses valeurs, les élever, les éduquer, les instituer… sinon le système éducatif. Celui-ci est à la charge des États qui en fixent les contenus à la virgule près dans les livres scolaires, surveillent les enseignants pour qu’ils ne deviennent pas des maîtres à penser, régulant leur comportement par des psychologues et des pédagogues pour que l’autorité ne soit d’aucune manière traumatisante à demander un effort. Une production d’enfants roi qui ne pourraient apprendre qu’en se divertissant pour la partie minoritaire d’une jeunesse décrite comme pourries gâtées. On dit qu’elle brûle des voitures, ce qu’elle ne fait pas généralement. La partie majoritaire de la jeunesse est vue comme inculte, ne sachant même pas parler correctement le français par leurs conditions de vie bien plus que leur origine. Ceux-ci ne peuvent décemment pas être nommés enfants roi. On leur réserve le terme nouveau de nazi islamique. Et pour ne pas voir que c’est tout le système éducatif qui est en branle, gosses de riches avec gosses de pauvres on oublie les enseignants qui portent les mêmes revendications matérielles et sont même à l’initiative de manifestations en Espagne. Eux aussi n’en peuvent plus depuis longtemps et maintenant n’en veulent plus comme ça.

Les revendications matérielles sont les premières pour justifier ce mouvement. Elles sont étalées pêle-mêle dans leurs contradictions. Les médias s’en gaussent, vont même reprocher à la jeunesse de ne pas avoir quelque que chose comme un syndicat donnant cohérence aux revendications en les unifiants. Pour avoir des leaders à qui parler. Négocier c’est autre chose, beaucoup moins probable. L’ensemble de ces revendications matérielles cache celles concernant le contenu de l’éducation, peu formulé. On ne veut surtout pas l’entendre. On sort des pancartes illusoires, humoristiques, poétiques, pour ne pas voir le fond, là où se trouve l’échec du système éducatif qui ne pourra que très partiellement être évité en y mettant plus de sous.

L’enseignement public ne porte pas seul son échec. L’enseignement raisonnable, éthique d’un enfant est atomisé. La famille, de plus en plus monoparentale (ce qui est sa négation) a perdu son poids d’autorité au profit de l’école qui l’a perdu au profit des écrans. Pour en rester à l’éducation nationale, son échec est contenu dans son orientation essentielle qui s’adresse aux enfants. Vous serez libre de réussir ou d’échouer dans une société de transactions personnelles volontaires. Une perversité qui rend chacun responsable de son avenir, ce qui n’est compréhensible que pour une minorité d’enfants, biens classés économiquement ou culturellement. Autrement dit une stricte éducation à l’individualisme, maintenant fantasmé par les écrans. C’est la nécessité du capitalisme qui fonctionne fondamentalement sur l’individualisme, la propriété privée, la réussite financière personnelle. Le perfectionnement de soi se faisant à travers les autres et les autres révélant l’individualisme de chacun par le mérite restent en Asie où l’éducation au sens du commun n’est pas une petite affaire dès les premières années d’école, au Japon comme en Corée ou en Chine.

Alors pourquoi tout à coup la jeunesse ? C’est la première qui n’y croit plus parce que c’est elle qu’on prépare à l’âge de raison. Raisonnablement il est difficile pour une grande majorité d’entre elle de voir un avenir alors qu’on bêle que la jeunesse est notre avenir à tous. Les enfants de pauvre n’y croient plus. 20% ont un avenir immédiat de chômeur malgré leur bac. Ils peuvent cacher leur condition en faisant de petits boulots comme la distribution Uber Eats. Mais aussi les privilégiés n’y croient plus ne trouvant pas d’emploi avec leur titre universitaire, s’adonnant à de petits boulots ou alors refusant de plus en plus les emplois débiles qu’on leur propose sur ordinateur en leur indiquant que bientôt l’IA… La jeunesse révèle ce mal profond, ce n’est pas elle qui changera les choses mais elle dit aux adultes : ça ne peut pas continuer comme ça. Et que vont faire les adultes pour qu’ils soient à nouveau respectables aux yeux de leurs enfants ?

Share:

Leave a reply