ULTIMATUM OEA, CARICOM, ONU,: WHAT’ S NEXT?

L’homme est ainsi fait : La lumière du soleil le laisse dans l’obscurité ; il ne distingue rien qu’à la lueur des feux qui consument,qui dévastent…
Félicité Lamennais
Si l’on doit tenir compte de cet incessant mouvement pendulaire, ce sempiterne va-et-vient de délégués membres de l’ONU, OEA, CARICOM et tout le bazar en Haïti pour assainir le bourbier national et assécher le marécage nauséabond qui asphyxie la population, on ne peut que présumer de l’inanité des résultats des consultations en dâte. N’était- ce l’insignifiance des acteurs impliqués, on se croirait revenu au 18ème siècle, triste époque des Sonthonax, Polvérel, Ailhaut et consorts dépêchés en urgence auprès de Toussaint Louverture pour infirmer des convictions autonomistes bien assises. Toutefois, à cette époque où la raison gardait encore la préséance, où les enjeux historiques revêtaient une importance considérable, les commissaires officiels de la France s’étaient vus obligés de traiter d’égal à égal avec leurs interlocuteurs Indigènes dont l’argumentation reposait sur une autre vision de leur microcosme. Ils avaient en face d’eux des hommes déterminés,des hommes articulés,malgré leur analphabétisme, prêts à mourir dans la défense de droits qu’on leur refusait depuis des siècles sinon des millénaires. Des hommes dont le discours s’inspiraient de l’exaltation d’une cause noble et juste. Des hommes enfin, auxquels la grandeur et la légitimité de la cause conféraient cette pugnacité et cette sensation d’invulnérabilité propres aux demi-dieux.
Ce ricochet sur Toussaint Louverture est rendu nécessaire par tout le battage orchestré autour de ce “Fils de guerrier et de Roi” empêtré dans sa diplomatie par la force des circonstances. Il évoque, en quelque sorte, les dimensions d’un homme politique dont la stature morale dépassait de beaucoup ce temps de petitesse et d’immoralité des Puissants du siècle philosophique. Il met en exergue le vrai visage des Royauté Européennes de même que le faciès grimaçant des Églises dites Chrétiennes qui ont affiché le plus souverain mépris pour leurs semblables dont le seul tort fut qu’ils avaient la peau noire et que leur aire d’évolution disposait des richesses insoupçonnées dont ces entités avaient besoin pour exprimer leur insipide et corrosive souveraineté. Par des édits pour les unes et des bulles pour les autres, elles avaient décidé d’institutionnaliser l’esclavage, c’est à dire de rendre acceptable et souhaitable l’asservissement intéressé et bestial de l’homme par l’homme.
Cependant, le sort réservé à cet Homme, apatride avant la lettre,plus tard réhabilité par Lamartine qui n’hésita pas à lui coller l’apostrophe splendide “d’ Homme-nation” eut néanmoins pour conséquences immédiates de diluer les tribalismes et de gommer
les clanismes internes afin de donner aux Généraux et soldats de l’armée indigène ce sursaut d’énergie indispensable aux actions d’éclat. N’en déplaise aux laudateurs opportunistes et autres Promoteurs d’une certaine fulgurance louverturienne, la situation de Toussaint, suite à son arrestation dans les infâmes circonstances de traîtrise que l’on sait, n’a pas provoqué dans l’immédiat le soulèvement général que les stratèges français supputaient avec raison. Elle interpelle plutôt l’intelligence des Généraux Indigènes qui avaient fini par conclure à l’inanité de la diplomatie autonomiste et à la nécessité du langage des armes.Face à la mort en différé, il n’y avait pas de place que pour la mort en direct. Au moins, le monde serait témoin de cette nouvelle perspective historique, des efforts de quelques hommes pour réhabiliter toute une race. Et c’est bien cela le sens véritable du” Martyre de l’homme de Bréda”.
Le reste devient l’affaire d’un peuple sans mémoire qui, pendant plus de deux siècles, observa un silence sêpulcral sur le destin de Toussaint, de Dessalines et de Christophe. Ce peuple qui, aujourd’hui dans la foulée de la trahison des Clercs dont un certain Didier demeure l’expression la plus achevée,se met à l’école des colons et fils de colons pour se faire imposer des leçons de gouvernance indignes et inappropriées .Car, quand la soldatesque démunie et dépenaillée mais courageuse et héroïque fit le coup de feu à la Ravine à Couleuvres,à Bréda, à Vertières et la Butte- Charrier, il n’y avait pas de l’Onu, l’Oea, Caricom, ni de Ministres, de Premier Ministre( à la manque )de quelque dominion de fraîche dâte pour lui montrer vers quelle cible diriger ses attaques. Il n’ y avait ni conseillers, ni pays amis pour lui indiquer la direction de son expérience de gestion de victoires et de fondatrice de nations. Il n’y avait que de simples Anonymes qui s’étaient engagés seuls dans une aventure pour le moins apocalyptique de survivance à l’endroit d’une race méprisée.
Qu’en est-il aujourd’hui de ces prouesses d’Atlantes, de Titans ou de demi-dieux? On a approfondi et justifié à notre encontre un mépris institutionnel. Des avortons de dirigeants ont assauté le pouvoir et invité des ” Raminagrobis” dans la demeure des rats. On a troqué des hommes de lumière, sans doute des lampions à cause de leurs carences pour l’obscurité la plus totale. Qu’on se rappelle, à ce compte, qu’il y avait un demi-siècle, Haïti pouvait se prévaloir d’une brochette élégante d’hommes politiques , Candidats à la Présidence: l’ Agronome, le Sénateur Louis Déjoie, le Dr François Duvalier, l’ Économiste Clément Jumelle, le Professeur Daniel Fignolé. Qu’on s’en souvienne tout simplement et qu’on compare cette époque à la conjoncture dégradante qu’on connaît aujourd’hui. Une ribambelle de partis et particules politiques, un premier Ministre à la manque, des institutions chancelantes et surtout une population aux abois qu’aucune pâture ne saurait relever de sa faiblesse chronique.
(À SUIVRE) J.L.T.






