GRANDEUR ET DÉCADENCE…

89
0
Share:
TRiboLAND

HAÏTI : 325 PARTIS POLITIQUES DANS UNE MER DE CRISTAL

« Si le silence des peuples est la leçon des Rois, le mutisme des Élites demeure le résultat combiné de l’imbécilité, du crétinisme et de la mauvaise foi. »
— Jean Baptiste Beauvais

Qui peut comprendre ce qui se passe actuellement en Haïti ? Il semble que seul ce petit morceau d’île assiste à de tels spectacles. En effet, à défaut des manèges du Mac Lean Show ou du Ross Manning qui ont bercé notre enfance et notre jeunesse, un autre genre de cirque s’y est installé. Heureusement, ce n’est pas permanent. Sinon, les spectateurs contemporains seraient littéralement morts de rire.

Les élections… Un concert cacophonique d’acteurs orchestrés pour faire danser Haïti sur ses morts. La scène se remplit de ceux qui savent jongler avec les touches du « do » et du « re », en attendant bien sûr le célèbre saxophoniste américain, maître des mascarades, pour diriger le bal des trépassés. Certains sont encore sous les décombres, tandis que la vermine affamée sort de leurs dépouilles asphyxiées pour se faufiler discrètement sur cette scène d’une mer de foutaise politique.

Le slogan : « Ici, tout le monde peut devenir Président » — sans critères ni questions. On peut sortir d’un infinitésimal pour atteindre l’infini sans passer par des valeurs intermédiaires. Voilà comment se joue l’avenir d’un pays de dix millions d’habitants, sous les yeux amusés de la communauté internationale.

Il y a 325 partis politiques ! Ces luttes de saltimbanques impliquent plusieurs amuseurs : musiciens de rapt, journalistes, industriels en faillite, et autres. En réalité, ils manquent tous de crédibilité, de légitimité — ils manquent même des plumes à leur couvre-chef, des pierres à leur couronne d’aspirants-rois, et une médaille à leur poitrine étroite. Ils ne sont que des candidats malheureux à la présidence d’Haïti.

Dans des pirouettes donquichotesques, quelque peu choquantes pour le bon sens, ils se lancent à l’assaut de la présidence haïtienne, qui n’a produit que des demeurés ces quarante dernières années. Serait-ce une nouvelle manière de se moquer de ceux qui aiment passionnément ce pays, malgré sa pauvreté et sa détresse chronique, malgré les insultes et quolibets de ses détracteurs ?

Il ne faut pas oublier l’exemple presque bucolique des « Anciens Haïtiens » — ceux qui aimaient leur pays avec dignité, pudeur et grandeur, surtout lorsque la nation était en danger. Ce n’étaient pas des citoyens issus des classes aisées ou moyennes, capables de montrer un peu de gratitude pour la terre qui leur a tout donné. Bien au contraire, ce sont des hommes simples, souvent frustrés, qui, par amour de leur pays, n’ont jamais hésité à risquer leur vie pour défendre ses valeurs fondamentales.

Cela montre que, toutes proportions gardées, les classes aisées ont rarement montré leur patriotisme de manière concrète. L’élite intellectuelle et économique semble plutôt s’être associée pour laisser aux plus humbles le devoir de défendre la patrie, tout en s’effaçant pour que d’autres vivent.

Cependant, l’audace et l’agressivité virulente de ceux qui souhaitent gouverner nuisent à la santé sociale du pays et contaminent ses mœurs politiques. Sous prétexte de démocratiser, on ignore la culture bicentenaire de la population haïtienne, toujours tournée vers le haut, pour lui imposer cette marche arrière : comme si un pays balkanisé, longtemps diabolisé, ne devait pas échapper à cette caricature de nivellement par le bas.

Avec une classe politique sans vision, des gouvernements médiocres vassalisés par l’extérieur, suffit-il encore de quelques jeunes ambitieux, animés d’un nombrilisme malsain, pour provoquer une involution regrettable de la conscience citoyenne haïtienne ?

(À suivre — Jean L. Théagène)

Share:

Leave a reply