LA MARCHE À RECULONS…(À SUIVRE)

“À mes amis-frères Jean Marie Chanoine, Théodore Achille, Philippe Elie, Alix A. Jeanty, Yves Gouthier, Rodrigue Alténor, Bernard Momprévil, Francisque Jean Charles, Emmanuel Ménard, Adler et PierreRobert Auguste, Morisso Anselme, Alix Baptiste, Joseph Félix Badio, Harry Loiseau, Patrick Lahens ”
L’Histoire de ce pays a toujours été un spectacle de grandeur et de petitesse. En fait, il n’appartient qu’à ses citoyens de transformer les arpèges du concert et de passer du” ténor des ténèbres à l’alto des altruistes” en élevant d’un ton les véritables sonorités de l’humanisme intégral “ JeanL.Théagène
Dans notre histoire, ils sont légion ces éclaireurs qui ont essaimé les sentiers du combat à la recherche de pistes sécuritaires pour le gros de la troupe. Ils ont noms :Mackandal, Toussaint, Dessalines, Christophe, noms d’hommes qui portent leur humanité comme un fleuron jeté sur leur ” crypto- gilet” pare- balles. Mais ils ont en sus quelque chose en commun: le destin tragique de ceux qui ne sauraient mourir dans leur lit, parce que nés debout, bien plantés sur la terre sacrée de la savanne. Mackandal, le Géant qui projette son ombre gigantesque autour des feux de la cérémonie du Bois Caïman; Toussaint, qui suscitait chez ses interlocuteurs ébahis la crainte justifiée de ses états de service; Dessalines dont la stratégie et la bravoure eurent raison des troupes aguerries et réputées invincibles de Napoléon ; François Laurent dit Capois la Mort, Christophe, l’alter ego du Libérateur dont le génie irradie encore d’éclats de soleil les sommets du Bonnet à L’Évêque, ainsi que l’espace du Palais de Sans Souci à Milot. Ce sont là les Héros qui ont tenté, en leur temps, de repousser les ombres néfastes de l’obscurantisme et de l’animalité en faveur de leurs frères qui ont fini par créer au début du 19ème siècle cet espace clos indiscutablement paradisiaque pour les leurs, que trois siècles d’esclavage n’avaient pu abrutir complètement .
D’autres ont suivi la trace de ces pisteurs de génie, ces révélateurs de valeurs : l’ Amiral Killick, Pierre Sully, Jean-Jacques Acaau, Charlemagne Péralte ,les plus connus, mais les non moins grands dans le martyrologe haïtien. D’autres enfin, tombés au champ d’honneur en plein déshonneur et désarroi de leurs concitoyens, ont vainement tenté de saisir à pleines mains le flambeau de la dignité . À tout prendre, l’histoire nationale telle que la représente la suite des événements est un enchaînement de vertus et de contre- vertus, un mélange de boue et de parfum qui embaume plus souvent qu’à l’ordinaire l’ossuaire de nos hommes politiques.
Et c’est ce pays qui sut s’imposer aux imposteurs de l’époque qui justifiaient par tous les moyens, leur conception bâtarde des rapports entre humains. Il avait en face de lui de grandes institutions ,telle que l’Église Catholique, de grands écrivains, tel que Gobineau, qui tentaient de cacher leur immoralité biologique sous le masque ridicule de la civilisation. Quelle civilisation ? Celle de l’asservissement d’une race par une autre. Celle, en fait, de l’assujettissement humain par désir immodéré des biens d’autrui.
Depuis, la politique haïtienne ne laisse plus personne indifférent encore moins les nationaux qui, même sur leur terre d’exil volontaire ou forcé, témoignent d’un souci constant de relèvement à l’endroit de leur pays d’origine. L’haïtien d’aujourd’hui plus que celui d’hier se demande simplement : Comment aimer ce pays qui l’a vu naître et grandir jusqu’à ce qu’il en soit chassé pour n’avoir pas su résister aux chorales de pastourelles montées par ces génies abscons dont les origines restent encore une énigme indéchiffrable. Sa capacité d’analyse se heurte aux aspérités d’une incompréhension multiforme. Son seuil de tolérance repoussé jusqu’à l’infini accuse désormais une volonté d’anéantissement de tout ce magma infect dans lequel on le baigne depuis déjà trop longtemps. Ce sont là les conséquences qu’on retire d’un spectacle de vaudeville insoutenable qui se joue actuellement en Haïti, spectacle où les acteurs et spectateurs s’entremêlent dans une épissure repoussante, prête à causer le naufrage du bateau dans lequel on s’est trop empressé d’embarquer . (À SUIVRE)
Par J,L.T.






