Emmanuel Macron a déclaré la mise en place d’une commission franco-haïtienne chargée d’explorer un passé « difficile ».

Le président français Emmanuel Macron a annoncé la création d’une commission franco-haïtienne qui aura pour mission d’examiner les relations historiques entre la France et son ancienne colonie caribéenne. Cependant, il n’a pas abordé la question des réparations, longtemps revendiquées par des militants haïtiens. Lors d’une déclaration faite jeudi, Macron a précisé qu’une fois les travaux de la commission achevés, celle-ci soumettrait des recommandations aux deux gouvernements.
Lors du Permanent Forum des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine (PFPAD), qui s’est tenu l’année dernière à Genève, une coalition d’organisations de la société civile a exhorté la France à verser des milliards de dollars en réparations à Haïti, soulignant que le pays avait subi une perte d’environ 21 milliards de dollars suite aux paiements effectués à la France après son indépendance.
Lors du forum PFPAD de cette année à New York, qui s’est achevé jeudi sur une session consacrée à Haïti, le président de la session, Martin Kimani, a qualifié la création de la commission d’une avancée significative, car elle « reconnait la nécessité d’un engagement officiel face à une histoire marquée par l’exploitation, la violence et le silence ».
« L’efficacité de cette commission dépendra de sa capacité à reconnaître pleinement l’ampleur et les conséquences de la dite “dette d’indépendance” imposée par la France », a déclaré M. Kimani. Il a ajouté que cela dépendrait aussi de la composition de la commission, du déroulement des travaux et de sa capacité à aboutir à des réparations significatives.
Haïti, premier pays de la région à accéder à l’indépendance en 1804 grâce à une révolte d’esclaves, a cependant été contraint par la France de rembourser une lourde dette pour compenser les pertes de revenus liées à la reconnaissance de son indépendance le 17 avril 1825, une dette qui n’a été entièrement réglée qu’en 1947.
« En ce bicentenaire, nous devons faire face à notre histoire », a déclaré M. Macron. « Pour la France, cela implique d’assumer sa part de vérité dans la mémoire, si difficile, d’Haïti. » Il a également noté que l’indemnisation financière avait imposé un prix à la liberté de cette jeune nation, qui a été confrontée dès sa naissance aux injustices de l’histoire.
Macron a réaffirmé que la France continuerait de soutenir Haïti dans les défis qu’il rencontre, en particulier en matière de sécurité, qu’il a qualifiée de « priorité absolue ». La capitale haïtienne et ses environs sont actuellement sous le contrôle de gangs armés, forçant plus d’un million de personnes à fuir leur domicile, ce qui a exacerbé la crise économique et entraîné une famine généralisée.
Ericq Pierre, représentant permanent d’Haïti auprès des Nations Unies, a également pris la parole lors du forum, soulignant l’importance d’une analyse des causes structurelles et historiques de la crise actuelle dans son pays. « Nous demandons justice à travers un acte clair et réparateur : la restitution intégrale de cette dette injuste », a affirmé M. Pierre.
La France a annoncé une aide de 4 millions d’euros (4,2 millions de dollars) destinée à un fonds des Nations Unies pour financer une mission internationale visant à rétablir la sécurité. Depuis son arrivée au pouvoir en 2017, M. Macron a œuvré pour une plus grande transparence sur le passé colonial de la France en rendant accessibles des archives classées et en établissant une commission d’historiens sur l’Algérie, parmi d’autres initiatives.
Reuters
Traduit par TRiboLAND






