REQUIEM POUR UN PAYS PERDU….

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TRiboLAND

Par JLT

D’où vient que ce siècle crée chez les plus lucides de nos intellectuels ce sentiment de fin annoncée de tout ce qui formait le monde commun? Ô Dieu, mon pays sombre dans le nihilisme politique et culturel du tout se vaut et rien ne vaut rien. L’art défiguré par de cyniques marchands de vide. Un peuple et une terre (la paysannerie) ne sont plus qu’un souvenir pour écomusées ou un label pour produit dits de terroir.

Ô nostalgie, écho de la mélancolie. Dois- je jetter mes regards perçants sur le monde qui vient et sur moi-même, égrenant mes souvenirs d’une enfance toujours vivace dans cette Haïti disparue, ses rêves douloureux, ses ébahissements devant la nullité des politiques, son rejet d’une transparence fatale aux rapports avec les sexes, ses envols sur les ailes des livres, ses amertumes devant la perte des manières de civilité, sa rage de voir notre langue dégradée, ses angoisses d’un monde qui fout le camp, ses parodies de justice.

Hélas, le modèle de la société moderne reste le camp des prisonniers. L’Haïti de mon enfance ,de la paysannerie, de la méritocratie républicaine, dans ma patrie et dans ma langue où sont désormais les lois, les traditions, les fêtes pour me sentir encore chez moi? Je revois dans mes rêves ces paysans sortis des fourrés de leurs campagnes se frayer un chemin vers la ville . Venus de leurs villages perdus au fond des chemins creux et fongeux protégés par les haies, leurs ruelles encroûtées de boue, entre le silence ,la solitude et la pluie, ils pensent toujours à offrir à leurs enfants une fois en ville l’éducation la plus moderne, la plus éclairée qui fut possible au Collège Notre Dame de Lourdes ou au Lycée Tertulien Guilbaud.

Quitte à devoir perdre ses coutumes, à oublier son curé, à ne plus faire maigre le vendredi, à ne plus réciter le bénédicité, à négliger son patois venu droit du français le plus pur, pour mieux tenter l’assimilation, ne valait-il pas mieux s’affirmer attaché, et autrement que les Haïtiens paresseux, aux valeurs de la nouvelle civilisation urbaine.

La Mort silencieuse de la paysannerie, son agonie, sa disparition ne pouvaient avoir un sens et possèder une vertu qu’à la condition pour les survivants de devenir absolument modernes. Hélas, on assiste à un monde nouveau.!

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