Quand la petitesse nous rattrape

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02-22-2019

Notre chère Haïti ne finira pas de nous étonner. Nos dirigeants du moins. Si Alfred Joseph Hitchcock, réalisateur britannique du 20e siècle, est surnommé le maître du suspense, l’usage voudrait qu’un titre du genre soit attribué à la première République noire indépendante du monde. Dans la lignée de ce qu’avait écrit The Daily Telegraph à propos du cinéaste britannique, nous avons un talent singulier pour la narration, en dissimulant avec cruauté des informations cruciales et en provoquant les émotions du public. C’est l’indignation des citoyens que nous provoquons, après nos trahisons cruelles et plates. Qui aurait imaginé que les mercenaires étrangers laisseraient le pays sans être inquiété par la Justice haïtienne. Et oui ! ils ont rejoint les États-Unis d’Amérique.

Ces mercenaires avaient la charge d’une mission spécifique comme en témoignent leurs matériels de guerre de dernier cri. Tandis que des voix de l’opposition plurielle s’étaient élevées pour affirmer que le dessein de ces hommes était de liquider des leaders de l’opposition ou de piller la Banque de la République d’Haïti, le Chef du gouvernement avait confié à des journalistes. Qui nous dit la vérité ? Personne ne le sait. De quoi parlons-nous ? d’un État ou d’une jungle dont les chefs ne sont dotées d’autorité que des maladresses ?   

Dans tout État démocratique, l’autorité politique est confiée à des pouvoirs publics qui exercent la souveraineté politique. De fait et de droit, ils ont le monopole de la force et contrôlent par conséquent l’administration centrale et la Police. Or, depuis plusieurs jours le pouvoir exécutif fait d’une faiblesse inquiétante à beaucoup d’égards. Il n’est plus en mesure d’adresser les problèmes de la Nation, car miné par des frictions internes. La plaie devient alors béante quand, au sein même de l’appareil gouvernemental, des rumeurs de complots contre le numéro 2 de l’actuelle administration s’amplifient. Jusqu’à aujourd’hui, les autorités politiques légalement constituées ne sont pas en mesure d’élucider les raisons de la présence des étrangers lourdement armés en Haïti.  Qui pis est, ils les ont remis aux autorités américaines. L’exécutif a une case qui manque !

Évidemment, l’État dans toutes ses composantes a failli. Cependant, la faillite est plus grande qu’elle n’y apparait. Les médias ont failli à leur mission originelle ; la classe politique accuse un nouveau déficit. Les médias n’informent plus comme ils auraient dû. Au contraire, ils déforment. Au lieu de diligenter des enquêtes pour creuser l’affaire, ils ont préféré donner à ceux qui ont un camp à défendre, une vérité diffuse à alimenter. Par ailleurs, ils ont préparé l’opinion à accepter le départ tranquille des mercenaires.   

La classe politique, quant à elle, s’est ensablée de ridicule en voulant tirer profit de cet évènement qui ne fait pas honneur à la Patrie. Elle y avait vu l’occasion d’acculer des adversaires aulieu de faire pression afin la Justice haïtienne soit en mesure de juger ces contrevenants aux lois nationales.

Dans le cadre de ce dossier, s’il y a un gagnant, il s’agirait du Gouvernement qui, une nouvelle fois, a fait une démonstration de force qui rappelle à Haïti son rang d’État faible, d’État paria. C’est peut-être un nouveau soutien au président Moise pour le tirer d’affaire afin qu’il puisse boucler son mandat. Les jours le diront ! De toute façon, le pays garde les séquelles d’une dignité souillée par une Justice faible, des dirigeants effrontés… 

L’Histoire retiendra des noms de toute façon. Les négligents, les faillis, les lâches, les bourreaux auraient à subir le verdict de la honte.

Walsonn Sanon

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