Conseil Présidentiel de Transition : les conjoints des membres rémunérés 500 000 gourdes par mois sans aucune fonction

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TRiboLAND

Par Kettia JP Taylor

Pendant que le pays sombre dans l’insécurité et la misère, les membres du CPT et leurs conjoints vivent grassement aux frais du Trésor public. Depuis près d’un an, le pays s’enfonce dans une transition politique qualifiée de « présidence tournante », mais qui tourne surtout à vide. Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), constitué de neuf membres désignés par les principaux secteurs politiques et sociaux du pays, devait incarner l’espoir d’un redressement démocratique et administratif. Il est devenu, à bien des égards, le symbole d’un appareil étatique dispendieux, opaque et inefficace.

Alors que le pays est confronté à une insécurité endémique, à l’effondrement de ses institutions et à une misère galopante, les neuf membres du CPT bénéficient d’un train de vie qui frôle l’indécence. Selon des sources crédibles, chaque conseiller toucherait mensuellement entre 63 000 et 65 000 dollars américains, au taux du jour, une rémunération nette, versée directement depuis les caisses de l’État. Cela représente plus d’un demi-million de dollars US par mois, exclusivement pour ce comité présidentiel, dans un pays où le salaire minimum journalier avoisine les deux dollars.

Une accumulation d’avantages faramineux. Le montant de 63 000 à 65 000 dollars américains par mois que perçoivent les membres du CPT ne provient pas d’un simple salaire mensuel, mais d’un ensemble d’allocations combinées, soigneusement dissimulées sous différents libellés budgétaires. Il s’agit d’une accumulation de primes et de fonds spéciaux qui, additionnés, forment une rémunération globale scandaleusement élevée dans le contexte haïtien.

Parmi ces privilèges figure une enveloppe de 500 000 gourdes destinée au “conjoint” de chaque conseiller. Aucun des conjoints des membres du CPT n’occupe une fonction publique officielle. Aucun ne travaille pour l’administration. Pourtant, chaque mois, l’État leur verse l’équivalent de plus de 3 500 dollars américains, en toute légalité apparente. De quel droit ? Au nom de quelle mission ? Le flou entretenu autour de cette allocation alimente la suspicion d’un détournement organisé.

À cela s’ajoutent 450 000 gourdes supplémentaires pour une “deuxième résidence”, une prime injustifiable dans un pays où des milliers de familles vivent dans des camps précaires ou dorment à la belle étoile. Ces privilèges sont même accordés aux deux observateurs du Conseil, pourtant dépourvus de droit de vote.

Enfin, des sources internes rapportent que les fonds réservés aux services de renseignement de l’État, censés renforcer la lutte contre l’insécurité, sont eux aussi redistribués entre les membres du Conseil. Plutôt que d’être affectées à la protection de la population, ces ressources vitales sont captées pour gonfler les avantages d’une minorité déconnectée de la réalité nationale. Le contraste est cruel , pendant que la majorité des citoyens patauge dans une détresse sociale chronique, une élite politique sans mandat populaire légal accapare les ressources de l’État, sans produire la moindre avancée concrète.

Le scandale silencieux de la transition

Ce détournement légal de fonds publics par le CPT ne fait l’objet d’aucune enquête, d’aucun audit, d’aucune interpellation officielle. La société civile reste muselée, les institutions judiciaires sont inopérantes.

Le Conseil Présidentiel de Transition incarne aujourd’hui un paradoxe douloureux ,un pouvoir sans légitimité, des moyens sans résultats, des privilèges sans justification. À l’heure où le pays aurait besoin d’un leadership sobre, courageux et tourné vers l’intérêt général, il se retrouve otage d’une caste politique qui confond mission publique et rente personnelle.

https://haitiinfospro.com/author/kettiajp/

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