Lettre ouverte à l’ Ambassade des États-Unis en Haïti

02-17-2019
Comme tout citoyen porté sur ce qui touche son pays, j’ai pris connaissance de la déclaration de l’Ambassade des États-Unissur Haiti, après les tumultes de ces derniers jours. Puisque l’Ambassade a rendu public sa position, je ne vois aucun inconvénient, en ma qualité de citoyen haïtien, à vous adresser publiquement une réponse. Il n’est un secret pour quiconque que le président de la République bénéficie du plein soutien du gouvernement américain. Ce soutien renforce le président qui, dans son adresse à la nation, a préféré l’arrogance à l’humilité, et a opté par incurie pour l’aggravation de la crise.
L’ambassade dit partager le souhait du peuple haïtien de bâtir un avenir meilleur pour Haïti. Cette volonté du peuple deconstruire un lendemain qualitatif inclue passera évidemment par un dialogue inclusif et constructif. Mais, s’il faut chercher l’obstacle véritable à ce dialogue, tous les pistes mèneront au président de la République, M. Jovenel Moise. Le peuple haïtien ne souhaite que son départ du pouvoir. Cette revendication n’a rien d’une vindicte publique contre un homme qui a gravi les échelles sociales pour arriver au sommet de l’État. Ce n’est non plus l’affirmation d’une propension du peuple haïtien au putschisme. Elle est le rejet d’un système politique, incarnée aujourd’hui par M. Moise, qui fait de la corruption, du clientélisme et de la félonie des leviers de prise et de conservation du pouvoir. Vous vous félicitez de l’appel au dialogue du président. Cela sous-tend que vous vous approuvez de l’avoir invité à le faire. Alors, une étroite collaboration entre vous et le locataire du Palais national s’évidente, une fois de plus. De toute façon, le souhait du peuple haïtien est le vôtre sont antinomiques, car un président indexé dans un rapport pour corruption, inculpé pour blanchiment d’argent ne saurait conduire un dialogue. D’ailleurs, il a tué dans l’œuf le dialogue national en vue d’un pacte de gouvernabilité lancé par son Premier ministre. En effet, le gouvernement américain ne peut aucunement prétendre être du côté du peuple haïtien tandis qu’il supporte de tout son poids un président désapprouvé par sa population.
À juste titre, l’Ambassade a souligné que le peuple haïtien est victime de violences croissantes qui ont entrainé la mort de civils innocents et la destruction de biens publics et privés. En fait, le peuple haïtien est d’abord victime de l’entêtement d’un président qui refuse d’accepter son échec, de faire le bilan de son incapacité. En temps normal, je ne devrais pas m’adresser à vous pour parler de mon pays. Dommage ! Des dirigeants comme monsieur Jovenel continuent de vous livrer les entrailles de la nation, dans le seul de conserver leur mandat. Grace à eux, rien ne vous échappe. Vous êtes un acteur politique du pays au même que les élus légaux d’Haïti que vous encouragez à rechercher une solution pacifique à la crise. C’est regrettable, mais c’est la réalité ! S’il faudrait rechercher l’exemplarité de l’omnipotence et de l’omniprésence, il suffit de regarder la place que vous occupez dans le pays. Vous contrôlez quasiment tout. Le secteur privé des Affaires qui se tait depuis le début des mouvements populaires aussi bien que l’élite politique dirigeante.
Le citoyen a l’obligation d’élever sa voix quand des actions politiques alternatives sont réduites au silence. Aujourd’hui, j’élève ma voix pour relever la contradiction qui habite votre déclaration : soit vous partagez le souhait du peuple et encourage le président à démissionner, soit vous êtes du côté du peuple et servez d’entraves à ses revendications. Une déclaration claire et non-ambiguë sur Haïti serait un pas éclairé vers la bienséance diplomatique.
Walsonn Sanon.






