L’histoire méconnue des Chinois-Haïtiens

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TRiboLAND

07/10/2026

Alors que la présence chinoise dans les Caraïbes est principalement associée à la Jamaïque, peu savent qu’une petite vague d’immigration chinoise a également touché Haïti. Les premières familles chinoises, portant des noms tels que Wu, Wah, Wawa, Fung, Fong-Ging et Fungcap, ont commencé à s’installer en Haïti à la fin des années 1890, fuyant l’effondrement de leurs dynasties.

Guy Fong-Ging, dont le père, King Fong-Ging, a fait de Haïti sa patrie, se souvient : « Fong Sam, Fong Wong – ils arrivaient en groupe, surtout de la même famille. » Certains, comme Soud Fungcap, sont arrivés au XXe siècle. Fungcap, en route vers le Brésil pour fuir une révolution en Chine, s’est retrouvé par erreur en Haïti en 1915, où il a décidé de s’établir. Comme beaucoup d’immigrants chinois, Soud maintenait des liens avec sa famille restée à Canton, en Chine, et son fils l’a rejoint en Haïti en 1928.

Au début, les immigrants chinois ont eu du mal à s’intégrer dans la société haïtienne. Selon le fils de Soud Fungcap, Essud Fungcap, certains résidents chinois des années 1910 ont dû faire face à un sentiment anti-étranger alimenté par des chefs d’entreprise haïtiens et non haïtiens influents. Le historien Carlo A. Desinor, qui a étudié la presse haïtienne de l’époque, a noté la présence d’éditoriaux décourageant la prise de contrôle étrangère—notamment chinoise—du commerce en Haïti.

De nombreux Haïtiens d’origine chinoise se souviennent des histoires transmises par leurs ancêtres. Essud Fungcap explique que leurs familles vivaient dans le quartier de Grand Rue, appelé localement anba mache (le centre-ville). Au début, certains dormaient sur les trottoirs ; avec le temps, ils ont acheté des bâtiments le long de cette rue commerçante, y dormant à l’étage et y gérant des magasins en bas. Pour mieux s’intégrer culturellement et religieusement, certains ont changé de nom ou de religion : par exemple, Soud Fungcap a adopté le nom de Pierre et s’est converti au catholicisme dans les années 1940.

Jacques Wawa, fier de ses origines chinoises, partage une vision différente : « Être né et avoir grandi en tant que Haïtien d’origine chinoise me procure que des souvenirs positifs. Mes amis—qu’ils viennent de l’école, de notre quartier à Port-au-Prince, des provinces ou du scoutisme—m’appelaient Jacques. Même après toutes ces années, en Haïti ou aux États-Unis, nous sommes toujours ravis de nous retrouver à une fête ou lors d’un événement social. »

La famille Fungcap possédait l’une des plus grandes boulangeries de Port-au-Prince, ainsi que d’autres entreprises prospères, comme une chaîne de blanchisseries et le restaurant chinois Nu-Canton, fondé dans les années 1940 à l’angle de la Rue des Miracles et de la Grand Rue.

Vers la fin des années 1950, le président haïtien François Duvalier a activement accueilli les hommes d’affaires chinois et leurs descendants, principalement pour des raisons économiques. Fungcap se souvient : « Il les a présentés à la haute société haïtienne. À ce moment-là, les familles chinoises avaient acquis une influence économique considérable, rendant leur exclusion impossible. Cela s’est transformé en une relation mutuelle : ‘Je te rends service, tu me rends service.’ »

Dans les années 1960, Haïti a même nommé un ambassadeur en Chine. Cependant, dans les années 1970, de nombreuses familles chinoises haïtiennes ont émigré au Canada, aux États-Unis ou ailleurs, lors de ce qu’on appelle la fuite des cerveaux, qui a vu partir une grande partie de l’élite et des intellectuels du pays. Fungcap se souvient : « Nous avons dû quitter le pays ; il y avait beaucoup de violences et d’assassinats. »

La famille Wah, l’une des familles chinoises haïtiennes les plus influentes, a contribué de manière significative au monde de l’art. Des peintres renommés comme Édouard Wah, Bernard Wah, Marcel Wah et Patrick Wah en sont issus. Né à Port-au-Prince en 1939 et en grande partie autodidacte, Bernard Wah a créé des œuvres surréalistes qui ont été reconnues à l’échelle internationale, notamment lors d’une exposition à Harlem.

Simone Wawa fait partie des rares descendants survivants de Hoo Ku Haa Kuai, un homme qui a quitté la Chine vers 1912 avec 25 cousins en quête d’aventure. Après des escales à Hong Kong, San Francisco, New York et Cuba, Hoo Ku Haa Kuai et certains de ses jeunes cousins ont été invités par un parent vivant en Haïti, qui possédait une blanchisserie. Hoo a rejoint ce parent dans le pays à la fin des années 1910, débutant ainsi une nouvelle vie.

source anglaise : https://fondaskreyol.org/article/the-untold-story-of-chinese-haitians
Traduction : TRiboLAND

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