Israël ne cache plus son projet : occupation permanente, annexion totale

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TRiboLAND

par Franck Pengam

Benjamin Netanyahou l’a dit clairement, sans ambiguïté, et visiblement sans craindre les réactions internationales : entre le Jourdain et la mer Méditerranée, il n’y a selon lui «aucune place pour deux États». Cette déclaration, prononcée à l’occasion de sa campagne en vue des prochaines élections israéliennes, ne constitue pas une surprise pour qui suit de près la politique israélienne depuis des décennies. Elle révèle néanmoins une franchise politique rare, presque provocatrice dans sa brutalité, et mérite que l’on en mesure toutes les implications.

Ce que Netanyahou énonce ici, ce n’est pas seulement sa position personnelle. Il prétend désormais la présenter comme un consensus national forgé par la guerre. Il le dit lui-même : avant le 7 octobre 2023, la société israélienne était divisée sur la question d’un État palestinien. Aujourd’hui, il affirme que cette division a disparu. C’est un glissement idéologique considérable, et il serait naïf de le lire uniquement comme une posture électorale.

La liquidation d’une perspective

Pendant des décennies, la solution à deux États a constitué le cadre de référence officiel de toute négociation internationale sur le conflit israélo-palestinien. Imparfait, contesté, régulièrement contourné par les faits sur le terrain, colonisation continue, fragmentation territoriale de la Cisjordanie, blocus de Gaza, ce cadre avait au moins le mérite d’exister comme horizon commun. Ce que Netanyahou annonce, c’est sa liquidation définitive, du moins du côté israélien.

Derrière cette déclaration se lit une logique de puissance froide : Israël contrôle militairement l’ensemble du territoire entre le Jourdain et la mer. Il entend le contrôler durablement. La guerre à Gaza, les opérations au Liban, l’affaiblissement déclaré du Hezbollah et de l’Iran comme puissances régionales adverses constituent, dans ce cadre, non pas des épisodes isolés, mais les étapes d’une stratégie cohérente de domination territoriale et sécuritaire à long terme.

Netanyahou se félicite par ailleurs de l’accord avec le Liban comme d’une «réalisation historique» et d’un «coup décisif contre l’Iran et le Hezbollah». Il précise qu’Israël conserve le droit de maintenir une zone de sécurité dans le sud du Liban aussi longtemps qu’il le jugera nécessaire. Autrement dit : une souveraineté israélienne de facto sur une portion du territoire d’un État étranger, sans limitation de durée, validée par les États-Unis. Ce n’est pas un accord de paix. C’est une architecture d’occupation déguisée en garantie sécuritaire.

Ce que cela révèle sur la réalité du rapport de forces

Ce qui est proprement scandaleux dans la situation actuelle, c’est moins la franchise de Netanyahou que l’impuissance organisée de la communauté internationale à y répondre. Washington valide l’accord libano-israélien en reconnaissant à Israël le droit de décider unilatéralement de la durée de sa présence militaire sur le sol libanais. L’Union européenne émet des communiqués. L’ONU constate. Pendant ce temps, la colonisation progresse, Gaza est ravagée, et un Premier ministre en campagne électorale peut déclarer publiquement qu’il n’y aura pas d’État palestinien sous sa direction sans que cela n’entraîne la moindre conséquence diplomatique tangible.

Ce vide de réaction n’est pas un accident. Il reflète une réalité structurelle : Israël bénéficie d’une garantie stratégique américaine qui le soustrait, en pratique, aux mécanismes de pression collective. Ni les résolutions onusiennes, ni les positions européennes, ni les protestations arabes n’ont jamais suffi à modifier substantiellement le cours des politiques israéliennes. Netanyahou le sait. C’est précisément pourquoi il peut se permettre cette déclaration à visage découvert.

Reste une question que la déclaration de Netanyahou soulève sans la résoudre : que devient, concrètement, la population palestinienne dans un territoire que l’État israélien revendique du Jourdain à la mer, mais dont il refuse d’accorder la pleine citoyenneté aux habitants non juifs ? L’annexion sans droits civiques égaux a un nom dans le vocabulaire du droit international. Netanyahou ne l’utilise pas. Mais les faits, eux, s’accumulent, et ils ne sont pas neutres.

Ce que révèle en définitive cette déclaration, c’est l’aboutissement d’un processus long et méthodique : la transformation d’un conflit territorial en réalité d’occupation permanente, légitimée par la sécurité, avalisée par Washington, et désormais assumée sans détour devant les caméras. La question n’est plus de savoir si une solution à deux États est encore possible. Elle est de savoir qui, dans le concert des nations, a encore la volonté et les moyens de formuler une alternative crédible à ce qui se présente désormais ouvertement comme un projet d’annexion totale.

source : Géopolitique Profonde

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