Base militaire israélienne secrète découverte par un berger irakien : conséquences pour la guerre contre l’Iran

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TRiboLAND

par G. Calder

Un nouveau rapport du Wall Street Journal révèle l’existence d’une base militaire israélienne secrète, dissimulée dans le désert occidental irakien et construite avant la guerre contre l’Iran. Selon le Journal, cette base, occupée par des forces spéciales et des équipes de secours, servait également de soutien aux opérations aériennes contre des cibles iraniennes. Apparemment, la base n’a été découverte qu’après qu’un berger local a remarqué une activité militaire inhabituelle et a alerté les troupes irakiennes, qui ont été dépêchées sur place. L’un des soldats a été tué lors de la frappe israélienne qui a suivi, et deux autres ont été blessés, afin de préserver le secret de la base.

La portée de ce rapport dépasse le cadre d’une simple installation clandestine : il suggère que la guerre contre l’Iran n’a pas seulement été menée par des frappes de longue portée et des menaces publiques, mais aussi grâce à des infrastructures dissimulées en territoire étranger, entraînant ainsi l’Irak, à son insu, dans le conflit.

À l’intérieur d’une base secrète israélienne dissimulée dans le désert irakien
Selon des informations, cet avant-poste a été construit en février près de la frontière saoudienne et servait de plateforme logistique à l’armée de l’air israélienne durant la campagne contre l’Iran. Il abritait également des forces spéciales et des équipes de recherche et de sauvetage chargées de récupérer les pilotes israéliens en cas de crash d’avion au-dessus de l’Iran (bien qu’aucun sauvetage n’ait été signalé). Cette base permettait de lancer secrètement des attaques contre l’Iran à une distance beaucoup plus réduite.

Point crucial, il est également affirmé qu’Israël a construit cette base secrète avec la complicité des États-Unis juste avant le début de la guerre. Cependant, les responsables américains maintiennent qu’ils n’étaient pas impliqués dans l’attaque de mars contre les troupes irakiennes qui ont failli découvrir la base après avoir été averties par un berger local.

L’immensité et la faible densité de population du désert de l’ouest de l’Irak en font un lieu particulièrement propice à l’implantation de bases temporaires de ce type. Les forces spéciales américaines ont également utilisé cette région lors d’opérations contre Saddam Hussein en 1991 et 2003, démontrant ainsi son importance stratégique pour les opérations militaires clandestines.

Opérations secrètes découvertes par un berger local et frappe qui s’en est suivie
Selon le journal arabe Asharq Al-Awsat, cette révélation a «provoqué un tollé en Irak» et précise que les plus hauts responsables du pays n’ont pas encore réagi. Au début du conflit, déclenché par les attaques américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, des troupes ont été repérées dans le désert de Najaf. D’après des sources sécuritaires, les forces israéliennes avaient établi une base sur une piste d’atterrissage abandonnée. L’une d’elles a confirmé : «Il n’y a plus de troupes sur place, mais du matériel y a été laissé», ajoutant que l’opération israélienne «était menée en coordination avec les États-Unis».

L’Irak a été entraîné dans la guerre contre l’Iran dès le début du conflit, avec des frappes ciblant des groupes armés soutenus par l’Iran, qui ont en retour lancé des centaines d’attaques contre les intérêts américains en Irak et dans la région du Golfe. Les premiers signalements de troupes étrangères opérant dans le désert de Najaf sont apparus au début de la guerre lorsqu’un berger a signalé une activité inhabituelle dans la zone. Cependant, aucune information n’a pu être divulguée à l’époque en raison de la frappe qui a suivi.

Avec le recul, il est possible que la question ait été abordée involontairement à l’époque. Le 5 mars, juste après les premiers signalements, Qais al-Mohamadawi, commandant adjoint des opérations conjointes irakiennes, a fait une déclaration. Il a indiqué avoir reçu des informations faisant état de «personnes ou de mouvements dans le désert de Najaf» et que des militaires avaient été dépêchés sur place pour enquêter. Les troupes ont essuyé d’intenses tirs aériens, faisant un mort et deux blessés parmi les soldats. La zone a ensuite été fouillée, mais sans succès. Mohamadawi a confirmé qu’aucune troupe étrangère n’était autorisée à se trouver à cet endroit.

Un autre responsable de la sécurité a déclaré dimanche qu’il y avait des «indices laissant penser que l’opération impliquait une équipe technique israélienne sous protection militaire américaine».

Présence militaire étrangère illégale ou nécessité stratégique ?
Les défenseurs de la souveraineté régionale affirment que la construction et l’exploitation par Israël d’une base militaire à l’insu et sans autorisation de Bagdad constituent une présence militaire étrangère illégale. Suite à ces révélations, Qais al-Mohamadawi a déclaré : «Il semble qu’une force présente au sol avant la frappe, appuyée par des moyens aériens, opérait au-delà des capacités de nos unités».

Des appels à la justice se font également entendre concernant les pertes irakiennes. Les forces israéliennes sont accusées d’avoir tué illégalement un soldat lors d’opérations de sécurité légitimes en territoire irakien, ce qui justifie une condamnation internationale et des comptes à rendre. Le rôle et la responsabilité des États-Unis sont également mis en cause. Il est reproché à Washington d’avoir facilité les violations de la souveraineté irakienne par Israël en fournissant des informations préalables et une approbation tacite, le rendant ainsi complice de l’opération non autorisée et des pertes qui en ont résulté.

Cependant, les partisans de l’opération affirment que ce poste avancé clandestin était une nécessité légitime en temps de guerre, fournissant un soutien logistique crucial aux opérations contre l’Iran tout en minimisant l’escalade régionale. Certains estiment que les frappes aériennes étaient des mesures défensives nécessaires, justifiant ainsi la protection de la sécurité opérationnelle et la prévention de l’exposition d’infrastructures militaires critiques pendant les combats. Les partisans de la sécurité stratégique affirment également que la connaissance par les États-Unis des opérations alliées relève d’une coordination standard des renseignements entre partenaires, et que Washington n’est pas automatiquement responsable des frappes de mars contre les forces irakiennes.

Comment cela modifie la dynamique du conflit en cours
La révélation de cette base change la donne, car elle place le territoire irakien au cœur des opérations, et non plus en marge. Il ne s’agit pas de simples survols de missiles ou de retombées radioactives régionales franchissant une frontière : l’accusation porte sur l’établissement par les forces israéliennes d’une base militaire clandestine en Irak, avec l’aval des États-Unis, et non seulement de son utilisation pour appuyer des attaques contre l’Iran voisin, mais aussi du sacrifice de soldats irakiens pour maintenir la couverture. En bref, le territoire irakien était secrètement utilisé pour faire avancer une guerre à laquelle le pays participait sans le savoir.

Cette affaire exacerbe également les tensions politiques et la place de l’Irak entre Washington et Téhéran. Le Financial Times a rapporté que Bagdad avait condamné une frappe américaine distincte, la qualifiant de «crime odieux», et avait convoqué l’envoyé américain en signe de protestation, avant de finalement accuser Israël. Cela signifie que, tandis que le gouvernement irakien tentait de riposter à des attaques meurtrières contre ses propres forces, il n’avait pas une vision claire des opérations menées sur son territoire et de l’identité de ceux qui y étaient autorisés.

En conclusion
Si Washington était réellement au courant de l’existence de cette base secrète apparemment établie par Israël, l’Irak doit envisager la possibilité que son principal partenaire en matière de sécurité savait que son territoire était utilisé dans le cadre de la campagne contre l’Iran, contrairement à son propre gouvernement. Déjà tiraillé entre la puissance américaine, l’influence iranienne, la pression des milices et une instabilité chronique, ce type de révélation ne se contente pas d’embarrasser le gouvernement ; il met en lumière son manque de contrôle réel sur son propre territoire.

Asharq Al-Awsat a cité une source proche du gouvernement affirmant que les révélations concernant la base israélienne soulignent les «graves lacunes des forces de sécurité irakiennes en matière de protection du pays et de sécurisation de ses frontières», ajoutant : «L’Irak se targue de compter plus de 1,5 million de membres des forces de sécurité et de consacrer plus de 6 milliards de dollars par an à leur fonctionnement, et pourtant, ils ont échoué à protéger le pays».

source : The Expose via Marie Claire Tellier

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