AU-DELÀ DES BRUITS ET DES RUMEURS……

“Sans l’ombre d’un doute, ceux qui n’ont pas suffisamment mangé dans leur enfance ont toujours faim”.
Me Loubert D. Régnier
Quiconque regardait avec des yeux d’analyste évoluer le monde d’hier, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest découvrait à la fois des singularités et des points communs dans les civilisations qui se partagent la planète. Et elle était à ce point forte la tentative de se regrouper en bloc plus ou moins monolithique au- delà de frontières imposées par contrats, guerres et conventions qu’il paraissait plus indiqué de parler de grands ensembles au lieu de pays conventionnels évoluant dans une indépendance de fait. On assistait alors à une sorte de polarisation à laquelle on adjoignait quelques relents idéologiques pour faire plus sérieux. Et le tour était joué, Bloc de l’Est, Bloc de l’Ouest, Communauté Économique Européenne, née de l’accord de Mastrich, Comecon, Marché commun etc. Les petits peuples n’avaient qu’à bien se tenir ou s’abriter sous un parapluie quelconque.
Cependant, dans les pays moins avancés, il s’était développé paradoxalement à cette situation de fait, un courant de pensée né de l’insatisfaction de se lier à l’un ou l’autre bloc. Insatisfaction soudée de surcroît à l’expérience traumatisante des peuples en butte à d’intermittentes remises en question et à des bouleversements tout aussi répétés. La classe politique de ces pays en développement où se retrouvaient des éléments formés tant à l’Est qu’à l’Ouest avait néanmoins fait montre de lucidité dans l’orientation du destin de sa Patrie. Tel s’était révélé le comportement des pays non alignés avec des concepteurs de la trempe d’un Tito, d’un Nasser, d’un Nehru.
Se refusant aux avancés des Russes comme des Américains, les idéologies du non alignement avaient su maintenir leurs pays en dehors des zones d’influence de ces deux grands. Ce qui offrait à leur peuple la possibilité de jouer sur un tableau comparatif et d’établir des choix lucides après avoir bien défini leurs priorités, sachant qu’une fois engagés dans un sens ou dans un autre, il leur eût été difficile de secouer certains jours, de s’affranchir de certaines tutelles.
Qu’on le veuille ou non, l’exemple de l’Afghanistan, de la Pologne d’une part, celui du Salvador et du Nicaragua d’autre part, illustrent bien l’immoralité du conflit Est- Ouest qui traduit le désarroi des petits peuples. Ceux qui sont parvenus cependant à garder leur distance vis-à-vis de ces puissances le doivent essentiellement au fait qu’ils détiennent une monnaie d’échange valable sur les deux terrains. C’est en quelque sorte le cas des pays pétroliers qui, depuis 1973 et, en dépit de leurs dimensions réduites étaient courtisés avec la même opiniâtreté, tant par les pays occidentaux que par le bloc de l’Est. La marge de manœuvre qu’ils détiennent depuis l’historique décision des Princes du Pétrole les a confirmés dans un non alignement de fait qui ne leur a pas été proposé ou imposé à partir des magouilles des institutions internationales.
Ainsi, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie ont pris conscience de leur homogénéité ethnique et géographique. ” Pays du couscous et du burnous” ils opposaient le poids de leur nombre et de leurs ressources dans les négociations internationales. Et même les États minuscules d’alors : Koweït, Bahrein, Qatar, Oman du fait de leurs richesses inestimables, défiaient les puissances coloniales qui, plusieurs siècles durant n’avaient fait que pratiquer ce que Pierre Jalée appelle :” Le pillage du Tiers-Monde “.
Mais au fil du temps, les visions de l’Histoire n’ont pas arrêté de s’opposer. Ainsi, la notion de Bloc devenue obsolète avec la dislocation d’hier de l’Empire Soviétique, bon nombre de pays évoluant dans le giron du Bloc de l’Est: la Pologne, la Hongrie, l’ex Allemagne de l’Est, la République Tchèque sont devenus membres de la Communauté Économique Européenne. Le Comecon, dont faisait partie Cuba s’est effondré avec l’URSS. Le mouvement des pays non alignés a basculé dans le vide. La Yougoslavie du Général Tito s’est désintégrée en micro- États livrant au nom d’un nationalisme outrancier des guerres terribles. Serbes contre Bosniaques, Croates contre Serbes, Kosovars contre Serbes. Aujourd’hui, la Croatie et la Serbie frappent aux portes de l’Union Européenne. L’Égypte de Nasser, grand allié des États-Unis bénéficie une aide de trois milliards de dollars l’an et reste le premier pays arabe à signer un accord de paix avec Israël. À la limite, le printemps arabe, avec la prise du pouvoir aux élections de Mai des Frères musulmans, pouvait bien se transformer en Université Islamique. L’Inde de Nehru est devenue pays émergent et membre à part entière du G 20. Pour couronner le tout, les pays formant le Bloc des non-alignés, de nos jours, évoluent dans la zone d’influence occidentale.
(À SUIVRE)
Par J.L.T.






