LE BICOLORE INCOMPRIS….

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TRiboLAND

Par J.L.T

” Il y a d’innombrables drapeaux multicolores, comme il y a d’innombrables intérêts qui se heurtent ; il n’y a qu’un drapeau rouge, comme il n’y a qu’une espèce de sang humain,qu’une injustice, qu’une vérité.”
Henri Barbusse

Dans notre histoire très souvent mouvementée et quelque fois agréablement exprimée, il existe de ces dates- fétiches qui incitent davantage à la réflexion qu’à la célébration profane de quelqu’événement dont habituellement nous ignorons les principaux éléments sinon la véritable signification. Les lupercales ou des saturnales plutôt qu’à la résurgence de valeurs qui devraient constituer l’ossature même de notre société.Trois d’entr’elles ont particulièrement retenu notre attention : le 18 Mai 1803, le 18 Novembre 1803, le 1er Janvier 1804. Toutes les trois, elles sont à l’origine de notre essence profonde, de notre permanence vallonnée dans l’histoire universelle, bref de tout ce que nous sommes en fait aujourd’hui,. L’une d’entr’elles, le 18 Mai, pour avoir été, en quelque sorte, le Verbe qui précéda l’Action, souligne la naissance d’un consensus par rapport au baptême de ce même
” gentlemen agréement”.

Noir et rouge, Bleu et rouge ? Depuis 1986 et même avant, le débat est ouvert en Haïti sur les véritables couleurs du BICOLORE National. Et depuis, il n’en finit pas de rester ouvert tant il suscite de passions, tant il polarise d’opinions. Une thèse stupidement coloriste soutenue par des intellectuels à la vision bornée est venue compliquer une situation politique déjà nébuleuse, pour le malheur d’un peuple qui sollicitait autre chose de ses élites. Les ” coloristes” se retrouvent donc en position de combat dans un face-à- face à la fois original, folklorique et cruel. Les uns affirment, tout en y tenant mordicus, que le drapeau qui a conduit à la victoire les troupes Indigènes comportait deux couleurs précises :” le noir et le rouge “.Les autres soutiennent que l’emblème créé par Dessalines au Congrès de l’Arcahaie était plutôt porteur de deux couleurs bien définies : bleu et rouge, ce d’autant plus que le Général en Chef l’avait tiré des flancs de l’organe français indubitablement : Bleu, blanc, et rouge.

Que doit-on croire dans toute cette logomachie d’historiens qui font dire à l’histoire ce qu’ils veulent ? Qui doit-on croire, entre ces témoins oculaires d’une époque assez éloignée et ces raconteurs d’histoires qui prétendent posséder la science infuse? En effet, dans le rapport du Capitaine Français Yves Marie Bot à l’Amiral Latouche- Tréville, concernant l’événement du 18 au 19 Mai 1803, il est dit ce qui suit:” Entre le Boucassin et Léogane, un navire Français répéra quatre barges, qui transportaient des troupes Indigènes. Trois d’entr’elles purent s’enfuir. La quatrième, voulant protéger Cangé, l’une des têtes de pont de l’insurrection, entra en confrontation avec un vaisseau français. Commandée par Laporte, cette barge fut sabordée par ce dernier pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi et surtout pour protéger la fuite de Cangé. Malheureusement, lors de cette escarmouche, un nègre Congo, Jean-Pierre, fut capturé. Il donna sous la torture le nom des Commandants de quatre barges: Jean Félix, Jean Louis, Laporte et Nicolas. Ainsi, le rapport dressé par Bot, après interrogatoire de JEAN PIERRE, parle en ces termes du contenu d’une d’entr’elles : Un pierrier et neuf fusils en mauvais état, ainsi qu’un pavillon de couleur rouge et noire ayant l’inscription de “Libre ou Mourir “.Bot ajouta que ce drapeau pouvait être aussi bien noir et rouge que bleu et rouge, car il faisait nuit et le tissu était probablement mouillé. Toutefois, renchérit-il, chaque bande guerrière avait son drapeau initial.

Il faut aussi rappeler ce qui a été souligné dans: La Carte en couleurs de l’état- major français dressé par Rochambeau. Cette carte fut longtemps la propriété du sociologue Américain Maurice de Young, Professeur à l’université de Floride. Par la suite, elle fut achetée par Dr François Duvalier, après son avènement au pouvoir. Le 27 Septembre 1803, avant la prise de Jacmel, Rochambeau souligne que les positions étaient révélées par des drapeaux bicolores, bleu et rouge, et noir et rouge pour les Noirs, bleu, blanc, rouge pour les Blancs. D’autres historiens continuent à dire qu’il n’y a jamais eu de congrès à l’Arcahaie dans le but spécifique de créer un pavillon de combat. Ils prétendent que les chefs et participants à cette réunion s’y étaient présentés avec tout un arsenal de drapeaux, de fanions ou d’étendards à l’effigie des dieux ou loas du Vaudou. Le rouge pour Ogou Feraille, le vert pour Simbi, le jaune pour… le noir pour….

( À SUIVRE) J. L.T.

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