LE BOURBIER NATIONAL….

L’homme est ainsi fait: la lumière du soleil le laisse dans l’obscurité; il ne distingue rien qu’à la lueur des feux qui consument, qui dévastent. Félicité Lamennais
Si l’on doit tenir compte de cet intéressant mouvement pendulaire, ce sempiternel va et vient de membres de l’ONU, OEA, CARICOM pour assainir le bourbier national et assécher le marécage nauséabond qui asphixie la population, on ne peut que présumer de l’inanité des résultats des consultations de ces trente-cinq dernières années. N’était-ce l’insignifiance des acteurs impliqués, on se croirait revenu au 18ème siècle, triste époque des Sonthonax, Polvérel, Ailhaut et consorts dépêchés en urgence auprès de Toussaint Louverture pour infirmer des convictions autonomistes bien assises. Toutefois, à cette époque où la raison gardait encore la préséance, où les enjeux historiques revêtaient une importance considérable, les commissaires officiels de la France s’étaient vus obliger de traiter d’égal à égal avec leurs interlocuteurs indignes dont l’argumentation reposait sur une autre vision de leur microcosme. Ils avaient en face d’eux des hommes déterminés, des hommes articulés, malgré leur analphabétisme, prêts à mourir dans la défense de droits qu’on leur refusait depuis des siècles sinon des millénaires. Des hommes dont le discours s’inspirait de l’exaltation d’une cause noble et juste. Des hommes enfin, auxquels la grandeur et la légitimité de la cause conféraient cette pugnacité et cette sensation d’invulnérabilité propres aux demi-dieux.
Ce ricochet sur Toussaint Louverture est rendu nécessaire par tout le battage orchestré autour de ce Fils de “Guerrier et de Roi,” empêtré dans sa diplomatie par la force des circonstances. Il évoque, en quelque sorte, les dimensions d’un homme politique dont la stature morale dépassait de beaucoup ce temps de petitesse et l’immoralité des Puissants du siècle philosophique. Il met en exergue le vrai visage des Royautés Européennes de même que le faciès grimaçant des Églises dites Chrétiennes qui ont affiché le plus souverain mépris pour leurs semblables dont le seul tort fut qu’ils avaient la peau noire et que leur aire d’évolution disposait des richesses insoupçonnées dont ces entités avaient besoin pour exprimer leur insipide et corrosive souveraineté. Par des édits pour les unes et des bulles pour les autres, elles avaient décidé d’institutionnaliser l’esclavage, c’est à dire de rendre acceptable et souhaitable l’asservissement interessé et bestial de l’homme par l’homme .
Cependant, le sort réservé à cet Homme, apatride avant la lettre, plus tard réhabilité par Lamartine qui n’hésita pas à lui coller l’apostrophe splendide ‘d’Homme- nation” eut néanmoins pour conséquences immédiates de diluer les tribalismes et de gommer les clanismes internes afin de donner aux Généraux et soldats de l’armée Indigène ce sursaut d’énergie indispensable aux actions d’éclat. N’en déplaise aux laudateurs opportunistes et autres promoteurs d’une certaine fulgurance louverturienne, la situation de Toussaint suite à son arrestation dans les infâmes circonstances de traitrise que l’on sait, n’a pas provoqué dans l’immédiat le soulèvement général que les stratèges français supputaient avec raison. Elle interpelle plutôt l’intelligence des Généraux indignes qui avaient fini par conclure à l’inanité de la diplomatie autonomiste et à la nécessité du langage des armes. Face à la mort en différé, il n’y avait de place que pour la mort en direct. Au moins, le monde serait témoin de cette nouvelle perspective historique, des efforts de quelques hommes pour réhabiliter toute une race. Et c’est bien cela le sens véritable du” Martyre de l’homme de Bréda”.
(À SUIVRE) J.L.T.






