HAÏTI : LE SENS DE LA MESURE, POUR UNE PRESSE RESPONSABLE…

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TRiboLAND

Les oeuvres de l’esprit ne peuvent suivre la pente linéaire assignée à la rigidité des constructions matérielles.Parmi les nombreux métiers de l’esprit, certains font appel à la souplesse intellectuelle seule garante de leur essor et de leur durée. L’entreprise de presse se soumet à ce genre d’exigence. La pondération, le discernement, le sens de la mesure sont les vertus cardinales de leur réussite. Une presse indépendante reflète nécessairement, en raison de son caractère scientifique, les accidents de son terrain d’implantation. La nécessité d’épouser les courbes de la conjoncture explique ce que le langage courant appelle les hauts et les bas de la vie de l’organe de Presse.

La notion de liberté individuelle est relative quand on vit en société. Une presse responsable, pour des raisons évidentes d’éthique, n’échappe pas à l’obligation de réserve et de mesure imposée par la pratique sociale. Elle ne peut, sans verser dans la démagogie et le sensationalisme, suivre l’actualité sans observer un temps de réflexion propre à lui faciliter le recul nécessaire à l’analyse des événements et à la compréhension du sens du jeu des acteurs publics. La liberté d’informer est donc soumise aux règles sociales courantes et aux exigences du traitement rigoureux et de la saine gestion de l”information.

Gérer l’information suppose le libre accès à ses sources, le tri de la matière première offerte, c’est à dire le crible de l’information brute. À ce palier intervient la liberté du journaliste qui décide de livrer à l ‘opinion une information sélective.Il le fait sans parti-pris simplement parce que son métier l’oblige à choisir dans la masse d’informations à sa disposition, les pièces essentielles à leur distribution rationnelle à l’opinion publique. Les organes de Presse qui font une exigence mineure du contrôle de leurs sources d’information et de leur qualité risquent de tomber dans la démesure de Presse à sensation.

En Haïti, la tendance à l’amalgame encombre le rôle du journaliste de nombreux impedimenta. D’ailleurs, ce rôle est diversement perçu selon les milieux et les groupes d’intérêts. Pour les acteurs de la scène publique, la Presse est ce mal nécessaire toléré dans l’espoir de son éradication prochaine.. L’opinion publique, qui n’a pas l’habitude de la libre expression y cherche la réponse à ses muettes interrogations sur la problématique nationale. Elle se sent frustrée par la prudence du journaliste qui préfère l’analyse sereine à la surenchère irresponsable et la bravarde inutile.

L’homme moderne est inondé quotidiennement d’un flot d’informations duquel il doit choisir celles nécessaires à la conduite d’une vie normale. Son attention retient particulièrement les données essentielles à la direction de sa vie professionnelle, si bien que l’homme bien informé est susceptible de jouir d’une vie publique plus riche. Le journaliste haïtien est donc pris entre la tentation de livrer au public ce travail de presse scientifique- donc, utilitaire- et la facilité de combler sa tendance au narcissisme. Le sens de la mesure lui permet de réussir l’ heureux mariage “de l’utile et de l’agréable.”

Don Quichotte symbolise le parfait exemple de l’incapacité de l’homme à saisir la complexité du monde. À la fin du livre, le héros réalise sa folie de vouloir vivre à la satisfaction de tout le monde. Cette prise de conscience lui fait redécouvrir sa liberté de pensée. Ainsi, la Presse haïtienne recouvra-t-elle son équilibre et sa liberté en instituant le sens de la mesure comme un nouvel étalon de la raison dans notre milieu.

Par J.L.T.

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