Le Cardinal Robert Sarah, champion de la tradition catholique que Bolloré verrait bien au Vatican

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Par Hélène Bailly

Dans les couloirs feutrés du Vatican, un nom émerge avec insistance parmi les prétendants au trône de saint Pierre : Robert Sarah. Âgé de 79 ans, ce cardinal guinéen est une figure emblématique du catholicisme traditionnel, apprécié des médias conservateurs. Portrait d’un homme qui suscite autant d’admiration que de controverses au sein de l’Église.

À l’aube du prochain conclave, dont la date reste à déterminer, l’attention se concentre sur ce prélat africain connu pour sa franchise. Robert Sarah n’est pas un cardinal ordinaire. Né en 1945 dans un modeste village guinéen, fils de paysans convertis au catholicisme, il a gravi les échelons de la hiérarchie ecclésiastique pour devenir l’une des voix les plus influentes et controversées de l’Église moderne.

De la Guinée au Vatican : L’ascension d’un rigoriste

Ordonné prêtre en 1969, il devient évêque de Conakry à seulement 34 ans. Sa carrière prend un tournant international en 2001 lorsqu’il est nommé secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples à Rome. En 2010, Benoît XVI le crée cardinal, et François le nomme quatre ans plus tard préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, poste qu’il occupera jusqu’en 2021.

Dans cette fonction clé, Sarah s’affirme comme le défenseur inflexible d’une liturgie traditionnelle, n’hésitant pas à s’opposer aux orientations progressistes du pape François. « Abolir la messe tridentine serait une insulte à l’histoire de l’Église », a-t-il déclaré, qualifiant le projet de restriction du rite ancien de « diabolique » et d’atteinte à une tradition séculaire.

Un discours sans compromis face au relativisme

Le cardinal guinéen ne cache pas ses opinions. S’inspirant de la pensée de Benoît XVI, il s’oppose à ce qu’il appelle la « dictature du relativisme », qui, selon lui, nie toute vérité définitive au profit d’un ego individualiste. Sa critique de la « gender ideology » est particulièrement virulente, la considérant comme « une menace pour la société » et s’opposant à toute reconnaissance des unions homosexuelles.

Sur les questions brûlantes qui divisent l’Église depuis des années, Sarah a systématiquement adopté une ligne conservatrice : rejet des divorcés remariés à la communion, opposition à l’inclusion des personnes LGBT+, et méfiance envers les réformes de la curie romaine proposées par François.

Surprenant pour un prélat africain, il critique également les politiques migratoires occidentales, qualifiant la grande migration de « nouvelle forme d’esclavage » et appelant à défendre les « racines chrétiennes de l’Occident », un message qui trouve un écho dans certains cercles européens.

L’Afrique, nouvelle puissance catholique

La montée de Robert Sarah s’inscrit dans un contexte plus large d’une Église qui se tourne vers le Sud, avec une présence croissante du continent africain. Représentant près de 20 % des fidèles catholiques aujourd’hui (contre 9 % en 1970), l’Afrique envoie un nombre croissant de cardinaux au conclave, modifiant l’équilibre des forces au sein du Sacré Collège.

Cette évolution démographique renforce les voix conservatrices au sein de l’Église, les prélats africains étant généralement attachés à des doctrines traditionnelles sur les questions de famille, de sexualité et de liturgie. C’est un atout pour Sarah, qui incarne cette tendance avec une éloquence remarquable.

Le « pape de Bolloré » ?

En France, le nom de Robert Sarah est souvent associé à celui de Vincent Bolloré, un homme d’affaires influent dont le groupe contrôle de nombreux médias. Bolloré affiche ouvertement son admiration pour le cardinal guinéen, lui offrant une visibilité accrue. En juillet 2022, Paris Match, récemment sous le contrôle de Vivendi, le consacrait en couverture, provoquant des remous internes et des accusations d’instrumentalisation idéologique. Sur CNews, chaîne d’information de ce même groupe, Sarah est régulièrement présenté comme un successeur idéal à François, suscitant des surnoms tels que « le chouchou de Bolloré » parmi certains observateurs.

Cette promotion médiatique sans précédent pour un cardinal témoigne également d’une stratégie de « soft power » à l’approche d’un futur conclave, où les réseaux d’influence joueront un rôle déterminant.

Un papabile clivant

En 2017, le cardinal Sarah a tenté de préserver l’autorité du document Liturgiam Authenticam (2001) face à la décentralisation souhaitée par François, ce qui lui a valu une réprimande publique du pape. Cet incident illustre les tensions entre deux visions de l’Église : d’un côté, l’ouverture et la décentralisation prônées par le pape argentin, et de l’autre, le retour à une orthodoxie stricte défendu par Sarah.

Bien que son âge (79 ans) puisse être un handicap dans la course à la papauté, ses positions fermes et ses origines africaines pourraient séduire les cardinaux en quête d’un pontificat de rupture après François. Dans une Église déchirée entre progressisme et tradition, le profil de Robert Sarah incarne clairement l’option d’un retour à un « rigorisme pré-Vatican II ».

Il reste à voir si cette ligne dure, soutenue par des médias conservateurs, saura convaincre la majorité des cardinaux électeurs lorsque le conclave sera convoqué.

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