Causes et conséquences des manifestations de masse en France : crise systémique de l’éducation et perspectives politiques – Oleg Nesterenko

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TRiboLAND

Transcription de l’interview avec le média russe «Politnavigator»

Politnavigator : Quelles sont les causes des manifestations de masse en France ?

Oleg Nesterenko : Les manifestations massives d’écoliers et d’étudiants qui ont secoué la France depuis septembre, et se sont intensifiées en octobre 2026, trouvent leur origine dans des années de crise systémique au sein du système éducatif français. Le catalyseur immédiat de ces événements a été le projet de budget de l’État pour 2027.

Contrairement aux assurances du gouvernement, qui prévoient une augmentation du budget de l’éducation de 1,1 à 1,2 milliard d’euros par rapport à 2026, la réalité est loin des déclarations optimistes du groupement politique dirigé par Emmanuel Macron.

La France est confrontée à une grave pénurie d’enseignants, dont la formation est souvent insuffisante, ainsi que de personnel scolaire. Cette pénurie de personnel enseignant et non-enseignant, conjuguée à des salles de classe surpeuplées et à une prolongation de la journée scolaire, atteignant parfois 14 heures, témoigne des efforts désespérés pour pallier le manque de moyens.

De plus, la grande majorité des établissements scolaires publics se situent dans un état de délabrement avancé et parfois d’urgence des infrastructures.

Un autre facteur de profond mécontentement chez les jeunes réside dans l’incertitude de l’avenir, particulièrement lors de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Le processus d’admission, fortement dépendant du système Parcoursup, est largement critiqué pour son manque de transparence et son inefficacité, apportant beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages.

Politnavigator : Comment cela affecte-t-il la position de Macron ?

Oleg Nesterenko : Il convient de noter qu’au moment de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence en 2017, son taux d’approbation s’élevait à environ 45%. Au début de sa politique hostile envers la Russie en 2022, ce chiffre était tombé à 36%, pour atteindre aujourd’hui à peine 15%.

Après son prédécesseur et bienfaiteur, François Hollande, qu’Emmanuel Macron a brutalement trahi en 2017, il est devenu le dirigeant français le moins populaire de l’histoire de la Ve République, fondée en 1958, soit depuis près de 70 ans. Pour une majorité de citoyens français, il incarne une source d’agacement, voire de haine.

Politnavigator : Cette impopularité aura-t-elle un impact sur les résultats des prochaines élections présidentielles ?

Oleg Nesterenko : Indubitablement, elle influencera le scrutin prévu pour avril 2027. Il convient de noter qu’Emmanuel Macron, ayant terminé son deuxième mandat présidentiel, n’est pas rééligible. Sa carrière politique en France est terminée. La politique anti-russe menée ces dernières années, devenue une caractéristique de son règne, est étroitement liée à ses rêves de longue date de succéder à Ursula von der Leyen au poste de «Gauleiter» de la Commission européenne.

Deux potentiels successeurs d’Emmanuel Macron, les anciens premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal, devraient se présenter aux prochaines élections. Étant donné que ces individus représentent une continuité directe de la politique destructrice de Macron, les événements qui se multiplient dans les rues françaises affecteront inévitablement leurs perspectives électorales.

Politnavigator : Comment les événements actuels affecteront-ils la politique étrangère française sur la Russie et l’Ukraine ?

Oleg Nesterenko : Malgré la résurgence de chants russes en langue française de l’époque de la Seconde Guerre mondiale parmi certains manifestants, et bien que l’une des principales raisons du sous-financement profond du système scolaire français soit la forte augmentation des dépenses militaires françaises, dirigées en grande partie contre la Fédération de Russie (le budget militaire, hors pensions militaires, a connu une hausse de plus de 24 milliards d’euros entre 2022 et 2027, passant de 39,2 à 63,4 milliards d’euros), les événements actuels dans les rues de France n’auront aucun impact sur la politique étrangère de Paris vis-à-vis du conflit en Ukraine.

Seule l’élection d’un nouveau président français, qui sera avant tout guidé par les intérêts de son pays, pourrait changer le vecteur des relations franco-russes.

Politnavigator : La police agit très durement — quel tollé on verrait dans les médias occidentaux si on agissait ainsi contre les «libéraux» en Russie ! Est-ce qu’on voit encore et toujours la politique des deux poids, deux mesures ?

Oleg Nesterenko : La répression policière lors des manifestations soulève à nouveau la question du deux poids, deux mesures. L’Occident collectif, et la France ne fait certainement pas exception, est synonyme de deux poids deux mesures. Leur politique étrangère, inchangée depuis des siècles, repose encore sur le vieux principe romain de «Ce qui est permis à Jupiter n’est pas permis au bœuf».

Seuls des bouleversements politiques et économiques nationaux d’une ampleur considérable seraient susceptibles de contraindre à une réévaluation de cette politique de la permissivité et à une réorientation face au monde non occidental. Et, compte tenu des réalités géopolitiques et économiques contemporaines, ces temps semblent être au coin de la rue.

Oleg Nesterenko

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