L’Ouganda met fin à sa coopération militaire avec la Turquie.

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TRiboLAND

Par TRiboLAND.com

L’Ouganda a surpris, ce samedi 19 septembre, en annonçant, d’un seul coup et sans avertissement, la suspension immédiate de sa collaboration militaire et de défense avec la Turquie. L’annonce est tombée comme un tir sec, dans un contexte déjà tendu: des semaines marquées par des échanges acérés entre Kampala et Ankara autour du dossier de Fred Lumbuye, blogueur et commentateur politique ougandais, critique virulent du président Yoweri Museveni. Extradition demandée et refus implicite de l’extradition, et des voix qui s’élèvent des deux côtés, faisant monter les enchères.

Chris Magezi, porte-parole des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), a expliqué que la mesure resterait en vigueur jusqu’au règlement des « questions en suspens » liées à la coopération militaire et à la défense mutuelle, sans que l’on puisse encore en préciser la nature exacte. Muhoozi Kainerugaba, chef d’état-major et fils du président, a relayé le communiqué sur X (anciennement Twitter), donnant à l’annonce une résonance presque cérémonielle et publique, comme pour sceller une rupture officielle et irrévocable.

Au cœur de dispute, Fred Lumbuye incarnait le point central du drama: visé par une vingtaine d’accusations en Ouganda — incitation à la violence, diffusion de fausses informations, usage abusif de systèmes informatiques — il était aussi l’objet des appels répétés de Muhoozi à l’égard des autorités turques pour son extradition. Les autorités turques, ne souhaitant pas céder à la pression, se trouvaient devant une équation complexe entre les pressions diplomatiques, les droits individuels et les enjeux régionaux.

La crise a gagné en dimension vendredi, lorsque des milliers de sympathisants de la PLU, la Patriotic League of Uganda, mouvement civique et politique proche de Kainerugaba, ont manifesté devant l’ambassade de Turquie à Kampala. Des drapeaux, des slogans et des pancartes ont transformé l’espace intérieur et le périmètre autour de l’ambassade en scène d’un théâtre géopolitique: un rappel vivant que, dans ce qui se joue, les passions internes peuvent alimenter les tumultes internationaux.

La suspension survient alors que les deux pays entretenaient, depuis près d’une décennie, une coopération dense dans le domaine de la défense: formation militaire, équipement et armement, surveillance, transferts de technologies et lutte contre le terrorisme. Kampala avait déjà évoqué la possibilité d’annuler un marché estimé à environ 3 milliards de dollars attribué au groupe turc Yapi Merkezi pour la construction du projet ferroviaire à écartement standard (SGR), et avait menacé d’expulser des ressortissants turcs résidents en Ouganda. Tout cela dessinait les contours d’un face-à-face où les intérêts économiques, les alliances politiques et les ambitions personnelles se mêlaient.

Dans l’ombre, les chancelleries et les salons diplomatiques restaient à observer les prochains mouvements: lesquels seront les gestes concrets des deux États? Quels compromis ou nouvelles lignes rouges émergeront des discussions à venir? Les prochains jours promettaient d’être déterminants pour l’orientation de l’équilibre régional Est-Afrique et pour les équilibres internes qui travaillent, clandestinement ou non, à écrire la politique extérieure de l’Ouganda et ses alliances.

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