Un nouvel affrontement entre Pedro Sánchez et Donald Trump ?

28
0
Share:
TRiboLAND

par German Gorraiz Lopez

L’Espagne pourrait rompre l’accord bilatéral autorisant les États-Unis à exploiter les bases aériennes de Rota et Morón avant le 21 novembre. Consciente que le transfert des infrastructures nucléaires critiques de ces bases sur le territoire marocain représenterait une opération extrêmement risquée que le Pentagone préférerait éviter, elle s’oppose à toute mesure de sa part.

Conflit entre Ceuta et Melilla

Les analystes du renseignement militaire avertissent que le transfert des infrastructures critiques des bases de Rota et Morón vers un pays d’Afrique du Nord comporte des risques à long terme, tels que l’instabilité régionale ou la pression de mouvements islamistes radicaux. Par conséquent, les États-Unis préfèrent ne pas déployer de moyens stratégiques nucléaires ou de défense aérienne mondiale sur un territoire faisant l’objet de conflits territoriaux (Sahara occidental) ou sous une monarchie absolue, en raison des risques géopolitiques encourus. De plus, le Maroc ne dispose pas de ports navals dotés d’ateliers modernes capables de réparer les destroyers Aegis ni de systèmes technologiques conformes aux normes de l’OTAN.

Cependant, Washington utilise la «carte du Maroc» pour faire pression sur l’Espagne en cas de désaccord sur l’utilisation des bases (par exemple, lorsque l’Espagne restreint les missions non-OTAN) ou lorsqu’il exige une augmentation de ses dépenses de défense.

Parallèlement, les États-Unis ont renforcé leurs liens avec le Maroc ces dernières années, en lui vendant des armements de pointe et en menant les exercices militaires African Lion. Pour Washington, le Maroc est son allié militaire le plus important en Afrique pour contenir l’influence de la Russie et de la Chine au Sahel.

Le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a réaffirmé que Ceuta et Melilla constituent un «droit historique et géographique du Maroc» et a appelé à la création d’une «commission de dialogue» pour leur restitution. De son côté, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a catégoriquement rejeté cette proposition, réitérant que «ces deux villes sont un territoire souverain de l’Espagne et de l’Union européenne».

Les bases de Rota et de Morón sont-elles irremplaçables ?

Pour l’OTAN et les États-Unis, l’Espagne est et restera la principale option en raison de sa sécurité, de ses valeurs partagées et de ses infrastructures. Le Maroc est envisagé dans les milieux de la défense comme un «plan d’urgence» ou un outil de pression politique, mais remplacer la sécurité occidentale de Rota et Morón par le territoire marocain serait une décision extrêmement risquée que le Pentagone préférerait éviter. L’option Gibraltar est irréalisable, faute d’espace suffisant pour accueillir les logements, les milliers d’hectares et les vastes entrepôts logistiques dont dispose Rota.

La situation géographique de Rota et Morón est idéale, et l’intégration de l’Espagne en tant que démocratie occidentale et membre de l’Union européenne offre une stabilité politique et institutionnelle que le Maroc ne peut actuellement égaler. Le Pentagone et l’OTAN accordent une grande importance à l’Espagne précisément pour sa situation géographique et sa stabilité. Ainsi, Rota est située à l’entrée même du détroit de Gibraltar, permettant de contrôler le passage entre l’Atlantique et la Méditerranée, et constitue la base idéale pour les destroyers américains équipés du système antimissile Aegis (le bouclier qui protège l’Europe). De plus, l’Espagne est un pays prévisible, étant membre de l’UE et de l’OTAN, et le Pentagone sait qu’un changement de gouvernement à Madrid ne renverserait pas le système démocratique.

Un nouvel affrontement entre Sánchez et Trump ?

Le Maroc, avec l’aval de Trump, a intensifié sa campagne d’annexion de Ceuta et Melilla. En conséquence, le ministère espagnol des Affaires étrangères aurait averti les États-Unis que l’Espagne pourrait rompre l’accord bilatéral autorisant les États-Unis à exploiter les bases aériennes de Rota et de Morón avant le 21 novembre. L’Espagne est consciente que l’implantation des infrastructures nucléaires critiques de ces bases sur le sol marocain serait une manœuvre extrêmement risquée que le Pentagone préférerait éviter. De plus, les États-Unis viennent d’allouer un budget de plusieurs millions de dollars à la construction d’un immense hangar de maintenance pour avions lourds (projet FX74) et de nouvelles installations de stockage de missiles sur la base aérienne de Rota même. Par conséquent, si Sánchez joue bien ses cartes, le Pentagone sera contraint d’admettre l’impossibilité d’implanter ses bases en Afrique et fera pression sur Mohammed VI pour que le Maroc suspende ses revendications sur Ceuta et Melilla, ainsi que son implication totale dans le renforcement de sa frontière avec l’Espagne.

source : Observateur Continental

Share:

Leave a reply