LES SILENCES COUPABLES D’UNE TERRE ASSOIFFÉE….

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Par J.L.T.

” Avez-vous jamais vu un crachat atteindre les étoiles ? Le pire qui puisse lui arriver, c’est de retomber sur le visage de celui qui l’a émis” André Fontaine

“Beaucoup croient que la démocratie existe dès lors qu’il y a des élections libres et que la majorité fait la Loi. Nous savons bien qu’il s’agit là d’une vision parfaitement simpliste “. Cette opinion de Jacques Lesourne s’applique avantageusement au cas d’Haïti où tout se fait sous des dehors constitutionnels : les rares bonnes démarches tout comme les nombreux débordements. Ce qui, néanmoins étonne dans ce salmigondis historico-culturel que connaît mon pays de plein soleil en ce torride début de siècle, c’est la démission des clercs. C’est aussi le silence des agneaux qu’on égorge dans la solitude des abattoirs de haute technologie. C’est encore le mépris des spectateurs-amis : USA, Canada, France, Vénézuéla, à la tragédie nationale. Et c’est enfin l’aveu d’échec des théoriciens de la mondialisation, des chantres de l’interdépendance qui parlent aujourd’hui de fatalité haïtienne pour masquer l’inanité de leurs calculs catastrophiques et leur insistance criminelle dans l’erreur.

En Haïti, plus qu’ailleurs les conséquences sociales de la paupérisation n’ont jamais été prises en compte par les responsables politiques qui ont toujours professé un nivellement par le bas. C’est là une hérésie dont nous payons collectivement la note au prix du sang qui s’échappe autant des viscères éclatés des victimes de l’insécurité que des veines ouvertes du sol national. La présomption de pureté morale qui a pré-existé à l’ascension vertigineuse d’un Vicaire entouré d’une côterie de latifundistes en simarre et qui avait suggéré les mots désormais historiquement malheureux de Mulroney et de Clinton en leur temps, dans leur jugement aprioriste de la société haïtienne pose réellement un problème de connaissance de soi et d’affections psychanalytiques aux témoins de notre époque. Mais l’expression politique de cette pureté qui s’est constamment éloignée de l’Évangile humanitariste des Hommes d’État dignes de ce nom, interpelle plutôt la conscience de tout un peuple victime impuissante d’un suicide forcé et semble se délecter d’une mort lente dans les miroirs de la contre-histoire et de la contre- culture.

En effet, comment comprendre qu’aujourd’hui encore, en marge du bon sens et de la logique cartésienne, des gens poussent le fanatisme jusqu’à défendre l’indéfendable ? Comment accepter que des victimes réelles et potentielles puissent en ces temps de revendications politiques continuer de se vautrer dans l’abjection en embrassant les bras qui les avaient frappées et les mains qui les avaient étranglées. Faudra-t-il croire qu’aujourd’hui, les élections n’assurent plus le triomphe de l’excellence et de l’efficacité et que la démocratie n’induit plus le succès de la moralité dans les méandres de l’aventure humaine?

Des citoyens sont assassinés, des hommes politiques sont convaincus de privatisation, des Chefs d’état volent l’argent alloué à la Collectivité nationale, confondent avoirs personnels et Trésor public, des Hommes d’Église découvrent soudainement les charmes des sous-vêtements féminins ou masculins de même que les avantages hautement jouissifs du trafic de stupéfiants, de la contrebande et d’autres activités hétéroclites: les leaders se taisent et le peuple n’en finit pas d’absoudre ces Êtres et des individus indignes de sa confiance. Parce qu’on n’offre rien à sa faim et sa soif historique de vérité et de moralité, il fait contre mauvaise fortune bon cœur espérant que le temps cicatrisera ses blessures et ses regrets. Aussi, la peur et l’indifférence deviennent-elles les plantes vénéneuses dont on privilégie la cultures la terre d’Haïti.
(À SUIVRE)

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