ONU qui mal y pense ! 2 : La langue de bois sacré

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TRiboLAND

par les auteurs décalés et asynchrones

Avez-vous déjà lu une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies ? Si ce n’est pas le cas, ne vous précipitez pas. Vous y trouverez des phrases comme : «Réaffirmant son attachement indéfectible aux principes de la Charte, et soulignant la nécessité impérieuse de renforcer la coopération multilatérale dans un esprit de solidarité renouvelée, le Conseil invite instamment toutes les parties à faire preuve de retenue et à s’engager dans un dialogue constructif en vue d’une solution pacifique, juste et durable, conformément au droit international et aux résolutions pertinentes».

Cette phrase ne veut rien dire. Elle ne dit pas qui fait quoi, ni à qui, ni pourquoi, ni avec quelles conséquences si ce n’est pas fait. Elle est un code, pas un énoncé. Un code qui signifie : «Nous avons parlé, nous sommes d’accord pour ne rien faire, mais nous le disons de manière à pouvoir dire que nous avons dit quelque chose».

La langue onusienne est une langue sacrée — au sens où elle n’a pas de fonction pratique, seulement rituelle. Comme le latin dans la liturgie catholique avant Vatican II : personne ne le comprend, mais tout le monde est rassuré qu’il soit prononcé. «Développement durable», «résilience», «inclusivité», «appropriation nationale», «renforcement des capacités» : ces mots ne décrivent plus rien. Ils sont les oripeaux dont nous parlions. Ils habillent le vide.

Le problème n’est pas la langue de bois en général — toutes les bureaucraties en produisent. Le problème est que cette langue est devenue le principal produit d’exportation de l’ONU. Des millions de pages sont produites chaque année : rapports, résolutions, déclarations, feuilles de route, cadres stratégiques, évaluations. Des fonctionnaires passent leur vie à écrire des textes que personne ne lit. Des diplomates négocient âprement des virgules dans des paragraphes qui n’engagent personne. L’activité principale de l’ONU, ce n’est pas la paix, le développement ou les droits humains. C’est la production de texte. Un texte qui, comme les indulgences de l’Église médiévale, promet le salut sans exiger la conversion.

Cette langue a une fonction politique précise : elle permet aux États de signer sans s’engager, de voter sans appliquer, de condamner sans sanctionner. Elle est le lubrifiant de l’impuissance. Elle permet à un régime autoritaire de signer une résolution sur les droits humains tout en emprisonnant ses opposants. Elle permet à un État pollueur de voter une déclaration sur le climat tout en subventionnant les énergies fossiles. Elle permet à une puissance occupante de se joindre au chœur de la paix.

Désapprendre cette langue, c’est peut-être la tâche la plus urgente. Non pas pour y renoncer — il faut bien un langage commun — mais pour en briser le caractère sacré. Exiger que chaque résolution dise clairement : qui doit faire quoi, dans quel délai, avec quelles conséquences en cas de défaillance. Remplacer «le Conseil invite instamment» par «le Conseil ordonne» ou «le Conseil constate son impuissance». Remplacer «dialogue constructif» par «négociation sous médiation contraignante» ou par rien du tout, s’il n’y a pas de dialogue.

Une langue honnête serait une langue pauvre — sans adjectifs, sans incantations, sans «réaffirmations solennelles» qui ne réaffirment que l’impuissance de ceux qui les prononcent. Une langue pauvre, mais qui dirait le réel. Et qui, peut-être, obligerait à agir.

Isaac Bickerstaff, Nathanaël Gershom, Nour Fusayfisa al-Arz, Hypatie Mariam

Présentation de la série
1 — Le musée des vainqueurs

TagsONU
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