Qu’il soit malade ou en bonne santé, la prostate de Netanyahou n’est pas une raison suffisante pour démissionner

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TRiboLAND

par Gideon Levy

La seule obligation publique de Netanyahou est de signaler un problème si ses compétences sont altérées. Évidemment, il ne devrait pas mentir, mais un mensonge lié à sa prostate est le plus petit et le plus marginal de son tissu de mensonges.

Benjamin Netanyahou a contracté un cancer de la prostate et en a guéri. Le camp du «tout-sauf-Bibi» était en émoi, clamant avec joie : «Nous vous l’avions dit. Voilà une raison supplémentaire de détester le Premier ministre – il a caché sa maladie et même menti».

Voilà une raison de plus de le destituer. Il est atteint d’un cancer et inapte pour raisons médicales. C’était une réaction pathétique. Il y a assez de raisons de combattre Netanyahou. L’état de sa prostate n’en est pas une.

Apparemment, la joie de ce camp ne portait pas sur la maladie. Ce week-end, chaque correspondant a précédé son reportage sur l’état de santé de Netanyahou par des «vœux de prompt rétablissement», des vœux creux comme ceux que l’on adresse à la nation pour une bonne année nouvelle.

Ils lui ont souhaité «bonne santé», comme s’ils admettaient que dans son cas, il y a aussi une mauvaise santé. Ils ont souhaité son rétablissement, alors qu’au moins certains d’entre eux souhaitaient le contraire dans leur cœur. Peut-être que la prostate affectée accomplira ce que les fiascos, les élections, le mouvement de protestation et son procès n’ont pas réussi à faire.

Netanyahou a caché son cancer tout comme Golda Meir avait caché le sien, qui était bien plus grave. Pendant des années, beaucoup ignoraient sa maladie et les traitements sévères qu’elle subissait. Elle aussi, comme Netanyahou, venait à l’hôpital Hadassah d’Ein Kerem pour ses séances de radiothérapie en secret, se présentant à des heures inhabituelles et passant par la morgue pour ne pas être vue. Personne ne l’a jamais critiquée pour ça. Ce n’est qu’après sa retraite et sa mort que les détails complets de son lymphome ont été révélés.

C’est vrai, l’époque est différente. Beaucoup plus de secrets et de mensonges étaient cachés au public alors. Quand Ehoud Olmert a eu un cancer de la prostate, comme Netanyahou, il s’est empressé de le partager avec le public. Il mérite des éloges pour son courage, mais Netanyahou ne mérite pas d’être condamné pour l’avoir caché.

Le guide suprême iranien Ali Khamenei a également eu un cancer de la prostate il y a des années, tweetant après un certain temps : «Je vous demande à tous de prier pour moi». Lui aussi était apparemment plus audacieux que Netanyahou.

Il n’y a rien de plus personnel que l’état de santé d’une personne, et chacun a le droit de faire face à sa maladie à sa manière. Certains n’hésitent pas à tout dire, immédiatement – qu’ils soient premiers ministres ou simples citoyens – tandis que d’autres préfèrent le cacher, parfois jusqu’à leur dernier jour.

C’est leur droit, même si la dissimulation et le mensonge ne leur font pas toujours honneur. C’est leur droit, même s’ils s’appellent Netanyahou. La loi ne l’y oblige pas autrement.

Le fait que les présidents usaméricains agissent différemment n’oblige pas pour autant Israël. La seule obligation publique est de signaler un problème si la compétence du Premier ministre est altérée, ce qui nécessiterait alors une mise à l’écart temporaire.

Quand Menahem Begin est tombé en dépression et que cela a été caché au public, c’était une rupture de confiance. Begin n’a pas eu la capacité de diriger le pays pendant de nombreux mois. Ariel Sharon s’est lui aussi progressivement détérioré, mais il est resté en fonction sur la base des rapports de ses médecins. La capacité de Netanyahou n’a pas été compromise un seul instant.

Il est amusant de voir les gens qui le détestent le plus exprimer maintenant leur inquiétude pour ses compétences. Israël serait mieux loti s’il était moins compétent. Ainsi, on pourrait éviter une guerre ou deux et ralentir la destruction du pays et de son mode de gouvernement. Mais dès lors qu’il a été établi que ses compétences n’étaient pas affectées, sa maladie n’est plus que la sienne.

Le choix de Netanyahou était stupide : qu’avait-il à cacher ? A-t-il péché ? A-t-il commis un crime ? Avec un degré de maladie aussi faible, avec ce qui semble être un traitement excessif qu’il a reçu, c’est dommage qu’il ait été si pusillanime. Qui sait, peut-être que sa maladie aurait suscité un peu d’empathie. Évidemment, il ne devrait pas mentir, mais un mensonge lié à la prostate est le plus petit et le plus marginal de son tissu de mensonges.

Samedi, certains affirmaient déjà que Netanyahou avait signalé sa maladie pour aider son affaire de justice. D’autres sont convaincus qu’il l’a fait à la suite de mauvais sondages. Certains pensent qu’il devrait maintenant prendre sa retraite, à cause de sa prostate. Qu’il en soit ainsi.

Il peut encore avoir, malgré tout, des émotions humaines et des faiblesses. On peut ou non se joindre à ceux qui lui souhaitent une bonne santé, mais qu’on laisse sa prostate tranquille.

source : Haaretz via Fausto Giudice

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