Port-de-Paix, de la paix à la peur

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TRiboLAND

Par Wilgens Devilas

Dans une série de réflexions publiées sur sa page Facebook, l’agronome Réthone Jose II dresse un constat alarmant sur les choix faits dans le département du Nord-Ouest d’Haïti ces trois dernière décennies. Il interpelle la conscience collective sur les décisions qui, sous prétexte de développement, ont engendré des pertes irréparables sur les plans social, culturel, environnemental et stratégique.

Il commence par dénoncer la construction d’un palais de justice sur un ancien site d’atterrissage pour hélicoptères, qui servait également de centre d’entraînement pour les forces de l’ordre. Ce choix, selon lui, soulève une question fondamentale : n’y avait-il pas d’autres alternatives plus respectueuses des besoins stratégiques du territoire ? De même, il critique l’implantation d’un lycée sur un espace public autrefois dédié à la détente et au lien social. En érigeant une institution éducative sur ce lieu de rassemblement, on a brisé une dynamique communautaire essentielle.

L’agronome poursuit en évoquant l’incendie volontaire d’un bureau de douane, acte censé symboliser une revendication, mais qui a eu pour effet de rendre le département encore plus dépendant des autres régions. Il s’interroge : n’aurait-on pas pu exprimer nos revendications autrement, sans compromettre nos infrastructures vitales ? Il rappelle également la perte d’un centre d’opérations d’urgence flambant neuf, conçu pour résister aux séismes et aux cyclones, équipé d’un entrepôt humanitaire, d’une caserne de pompiers et d’un espace pour les hélicoptères. Face à cette perte, la population est restée silencieuse, résignée.

Réthone souligne avec amertume que le Nord-Ouest est souvent utilisé comme exemple dans les discours et les ouvrages pour illustrer la misère et la faim en Haïti. Le concept de “Farwest” y est encore associé, comme si cette région n’était bonne qu’à justifier les pires clichés. Pourtant, personne ne s’insurge contre cette image dégradante. Il déplore aussi la transformation de Valparaiso, jadis cité de paix, d’harmonie et de solidarité, en une cité de la peur, marquée par l’insécurité physique, culturelle et morale.

La ville de Port-de-Paix, selon lui, est devenue un cloaque, un véritable dépotoir à ciel ouvert, où les déchets s’accumulent sans que personne ne soit tenu responsable. Il conclut en affirmant que nous avons accepté toutes les formes de brigandage et de démission collective, comme si cela faisait partie de notre destin.

Face à ce tableau sombre, l’agronome lance un appel vibrant à la jeunesse : celle qui a les mains propres, la conscience éveillée, la vision claire. C’est à elle de demander des comptes, de refuser l’inacceptable, de porter une autre vision pour le Nord-Ouest. Une vision modeste mais solide, fondée sur la conservation des bonnes pratiques, la justice sociale, la propreté écologique, la rationalité économique et l’unité politique.

Enfin, il invite à rompre avec la soumission aux élites de la capitale. Il exhorte à relever la tête, à regarder les puissants dans les yeux, pour qu’ils puissent voir en nous le reflet de Capois Lamort symbole de courage et de dignité. Ce texte est un cri du cœur, une invitation à la résistance, à la reconstruction, et à la réappropriation de notre avenir.

Wilgens Devilas

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