FACE À L’HISTOIRE…. DUVALIÉRISME VS ARISTIDISME

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TRiboLAND

“Avec le monde a commencé une guerre qui doit finir avec le monde, et pas avant : celle de l’homme contre la nature, de l’esprit contre la matière, de la liberté contre la fatalité. L’histoire n’est pas autre chose que le récit de cette interminable lutte”. Jules Michelet

Par J.L.T.

L’histoire nationale de l’année 2011 écoulée, avec la présence au pays de M. Jean Claude Duvalier et du prêtre défroqué Jean Bertrand Aristide, offrait le spectacle d’un affrontement apocalyptique entre deux tenants de deux idéologies dominantes. Ces deux pôles fonctionnellement différents dans la structure politique haïtienne, loin d’être cette espèce de polarisation quii serait la loi de l’amour et nous ferait rechercher les contraires, annonçaient plutôt dans notre univers politique la saison des dinosaures. En effet, depuis 1946, deux courants de pensée occupent le haut du pavé, s’interpénétrant par endroits, se repoussant en d’autres, mais se regardent toujours en chiens de faïence en attendant de s’empoigner de plus belle sur l’instigation de quelques” condiotteri” en soutane ou de simples défroqués à l’affût d’un rôle méphistophélique à jouer dans le domaine du temporel.

Il est vrai que tout régime vient toujours à contre- poil de celui qui précède et c’est bien d’ailleurs cette démarche d’ action et de réaction qui détermine la notion de mouvance historique. De mémoire de lettré et d’analyste, jamais empoignade n’aura été plus brutalement deux idéologies qui, à des années d’intervalle, se prévalaient de la même charge de changement et de la même intensité de militantisme rassembleurs de foules et ravageurs de destins. Entre ces deux idéologies, ce ne sont pas les ressemblances qui manquent ni les différences qui font défaut. D’un côté, le Duvaliérisme avec sa vérité et ses contraintes. De l’autre l’Aristidisme ou le mouvement Lavalas avec sa réserve d’espoirs, ses limitations, ses erreurs et ses mensonges.

Cent quatorze ans en arrière naissait dans les confins d’une terre bénie, un être dont le destin allait se confondre avec celui de sa terre natale et de ses concitoyens longtemps laissés pour compte par des responsables trop enclins à jouer le jeu de la facilité en matière politique. De ces années d’enfance, l’Histoire n’a guère retenu grande chose. De sa jeunesse et de ses péripéties scolaires, on n’a jamais mentionné que ses performances couronées par un diplôme de médecin que seuls détenaient, en ces temps de médiocrité, les fils de nantis et quelques rares privilégiés. Ce fut l’époque des injustices sociales criantes et du resserrement de l’étau qui maintenait à leur place tous les fils de ce pays dont les Pères, ces Héros, vautrés dans un anonymat indigne, semblaient avoir ni ascendance ni descendance.

En effet, au terme d’une réflexion profonde sur le devenir des classes sociales haïtiennes, au fil d’un contact permanent avec les citoyens les plus doués de sa génération, François Duvalier conçut des principes, élabora des stratégies destinées à restituer aux citoyens méprisés un peu de cette dignité qui caractérise l’humain. Insubmersible, il thésaurisa des pensées, emmagasina des valeurs, capitalisa des fondements, stocka “d’immatériels matériaux” pour transformer le tout en une inoubliable odyssée de près de trente ans de gestion politique d’un État traditionnellement difficile à administrer.

Né du refus conscient des gouvernements de l’occupation : Sudre Dartiguenave, Louis Borno, Eugène Roy, Sténio Vincent, le Duvaliérisme a accru sa puissance d’adhésion en imposant à la mouvance historique le dynamisme des classes moyennes toujours tenues à l’écart de la gestion républicaine. Situé au carrefour de l’Estimisme et du Fignolisme et aux confins du PCH de Jacques Roumain et du PSF d’Anthony Lespès, Baker, Dépestre et autres, le Duvaliérisme, fleuve majeur grossi d’affluents divers, s’incarna dans un Homme qui souhaitait porter sur ses épaules d’Atlante tout le poids de sa classe, toutes les frustrations de son ethnie.Il éclata de toute sa puissance à la suite du méprisable crochet Paul E. Magloire dans l’arithmétique sociale haïtienne quand peu après la victoire électorale du 22 Septembre 1957, l’Homme de Chantal se fut ceint de la cocarde Présidentielle inaugurant paradoxalement la fin de” l’ère colorée” de l’Histoire nationale.

Au demeurant, son apparent mulâtrophobie venait du fait que durant tout le séjour de l’occupant de 1915 à 1934 et même après son départ , ́ seuls les représentants de l’élite mulâtre ont été au timon des affaires. Même quand les intellectuels de gauche pataugeant sans vergogne dans les théories marxisantes avaient tendance à escamoter cette triste parenthèse de notre Histoire, la question des dirigeants de couleur ne saurait être laissée en plan dans une perspective d’analyse conjoncturelle qui veut garder toute sa rigueur intellectuelle. Car, François Duvalier intervenait en fait dans l’Histoire pour réparer le tort immense fait à la classe la plus dynamique de la société haïtienne sur la base d’une option réfléchie, tenant compte de l’implantation d’infrastructures susceptibles de permettre aux groupements sociaux de bien jouer leur partition.

Par J.L.T (À SUIVRE)

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