Liberté d’expression : un héritage à sauver des faux rebelles

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par Ilyes Bellagha

Liberté d’expression : un héritage à sauver des faux rebelles
La liberté d’expression et le libre arbitre ne sont pas des acquis intangibles. Ils nous appellent, aujourd’hui plus que jamais, à les sauver des mains de ceux qui se prétendent rebelles mais qui détournent leur sens. Car la rébellion n’est pas une posture : elle est fidélité au peuple. À travers l’histoire, des figures comme Émile Zola, Abou el Kacem Chebbi, Aimé Césaire, Ahmed Fouad Negm ou Hassan Fathy nous rappellent ce qu’est l’engagement véritable : transformer la plume, la voix ou la pierre en armes contre l’injustice. Ces légendes ne nous lèguent pas seulement une mémoire, mais une mission à poursuivre.

Émile Zola : la plume contre le mensonge d’État

En janvier 1898, Émile Zola publie son célèbre «J’accuse» dans L’Aurore. Il y met en cause l’armée et le gouvernement français dans l’affaire Dreyfus, dénonçant l’antisémitisme et la trahison des principes républicains. Ce geste lui vaut procès, exil et diffamation. Mais Zola assume : il sait que la vérité ne se négocie pas. Son acte prouve que la liberté d’expression n’existe que lorsqu’on ose affronter le pouvoir, quitte à payer le prix fort. Zola n’est pas né militant : il l’est devenu en prenant la défense d’un innocent contre l’injustice d’État.

Abou el Kacem Chebbi : la poésie comme cri de dignité

Au début du XXe siècle, en Tunisie colonisée, la voix d’Abou el Kacem Chebbi s’élève. Poète romantique et révolté, il refuse la résignation : «Lorsque le peuple veut la vie, nul ne peut l’arrêter». Ces mots, devenus hymne révolutionnaire, résonneront bien au-delà de sa génération, jusqu’au soulèvement de 2011. Chebbi incarne la puissance d’une liberté poétique transformée en appel politique. Sa poésie n’est pas un refuge, mais une arme : elle rend au peuple sa dignité et rappelle que la liberté se conquiert, qu’elle ne s’offre jamais d’elle-même.

Aimé Césaire : la Négritude comme renaissance

Dans les années 1930, Aimé Césaire fonde avec Senghor et Damas le mouvement de la Négritude. Mais il en fait surtout une raison d’être : redonner aux peuples colonisés la fierté de leur histoire, de leur culture et de leur humanité. Dans son Cahier d’un retour au pays natal (1939), il proclame la révolte contre l’assimilation coloniale et l’aliénation identitaire. Césaire nous apprend que la liberté d’expression, ce n’est pas seulement parler, mais parler en son nom, avec sa langue, son histoire, sa vérité. C’est refuser les modèles imposés pour inventer sa propre voix.

Ahmed Fouad Negm : la voix du peuple contre les dictatures

En Égypte, au milieu du XXe siècle, Ahmed Fouad Negm devient le poète du peuple. Écrivant en arabe dialectal, avec des mots simples et incisifs, il refuse la langue des élites et donne au peuple les moyens de se reconnaître dans sa propre voix. Avec Cheikh Imam, il transforme ses poèmes en chants repris dans les rues, dans les manifestations, dans les prisons. Negm affronte la dictature, connaît la censure et l’incarcération, mais ne renonce jamais. Sa poésie prouve qu’une parole libre peut survivre aux murs et aux barreaux. Il rappelle que la liberté d’expression est inséparable du courage d’appeler les choses par leur nom.

Hassan Fathy : l’architecture pour le peuple

Enfin, Hassan Fathy, architecte égyptien, montre que la liberté peut aussi se bâtir en pierre et en terre. Face au béton importé et à l’urbanisme uniformisé, il choisit les savoirs vernaculaires : la voûte nubienne, la terre crue, les matériaux locaux. Son projet du village de Gourna voulait rendre au peuple le droit de construire ses propres maisons, adaptées à son environnement et à sa culture. Pour Fathy, l’architecture était un acte de libération : libérer les hommes de l’aliénation des modèles étrangers et de la dépendance économique, redonner à chacun le droit à un habitat digne. Sa vision rejoint celle des poètes : la liberté est un espace, une manière de vivre ensemble, pas un privilège réservé aux puissants.

Fidélité et mission

Face à ces figures, nous n’avons pas seulement un devoir de mémoire : nous avons une mission à poursuivre. La liberté n’existe que par la fidélité – fidélité au peuple, fidélité à la pensée, fidélité à la vérité. Les artistes la portent dans leur création, les philosophes dans leur réflexion, les journalistes dans leur éthique. Ces trois voix forment une alliance de vigilance. Elles rappellent que la liberté n’est pas une simple proclamation, mais une responsabilité : celle de dire, de créer et de penser sans se plier aux alignements imposés.

Zola, Chebbi, Césaire, Negm et Fathy nous enseignent une même leçon : la liberté n’est jamais donnée, elle se gagne. Elle survit seulement lorsqu’on ose l’arracher à l’oubli, au mensonge et à l’aliénation. En synthétisant leurs messages, une vérité s’impose : la liberté d’expression et le libre arbitre doivent rester au-devant, comme principe fondateur d’une démocratie vivante et d’une humanité digne.

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