Le Silence quand l’injustice prospère dans l’ombre en Haïti

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TRiboLAND

Port-au-Prince, 12 mars 2026

De « silence, on tourne » à « un silence de mort », la langue française regorge d’expressions qui capturent les deux visages du silence : structurant ou mortifère. Loin d’être un vide, il est « une forme particulière de langage qui permet d’exprimer des choses inexprimables par les mots » (Lewis, 1977). En Haïti, ce silence assourdissant envahit les tribunaux, où l’injustice s’installe confortablement dans l’ombre des voix tuées par la peur, la fatigue ou le calcul.

Le système judiciaire haïtien est régulièrement épinglé pour sa soumission à des pressions externes – économiques et politiques – qui prennent le pas sur l’éthique et la loi. Des files d’attente interminables devant des salles d’audience désertes, des dossiers empilés et incomplets, des couloirs où seul un claquement de porte rompt le vide : ces images d’un système en crise symbolisent l’enfance d’une justice à l’agonie. Le discours public y est étouffé par la crainte des représailles et l’opacité généralisée, laissant victimes et familles face à des blessures profondes et durables.

Silence imposé, consenti ou voulu : une typologie de l’inaction
On distingue le silence imposé par la peur, le silence consenti par résignation, et le silence voulu par calcul. En démocratie, l’adulte est libre de parler ou de se taire ; l’enfant, lui, apprend sous l’autorité des aînés à doser sa parole – ne pas tout dire, taire ce qui blesse, écouter avant de juger. Mais dans les prétoires haïtiens, ce silence collectif prospère : dossiers égarés dans des couloirs sans fin, décisions guidées par d’autres logiques que l’équité, plans serrés sur des visages marqués par l’épuisement et l’espoir déçu.

C’est ici qu’intervient Me Mérisier Inodet, avocat au Barreau de Port-de-Paix, déterminé à rompre ce « silence de mort ». Sans excès ni sensationnalisme, ses témoignages sobres restituent la dignité des victimes. Son message est clair : l’injustice triomphe quand le mot « justice » se vide de sens et que les gardiens du droit se taisent. Il dépeint un cadre sombre mais précis – gestes hésitants, regards oscillant entre espoir et lassitude – pour susciter l’empathie et la responsabilité collective.

L’objectif n’est pas d’accuser à la légère, mais de poser le problème avec rigueur : décrire les mécanismes d’injustice et d’inaction, puis ouvrir une voie de réflexion. Me Inodet invite à exiger transparence , à donner une voix aux muets sans exploiter leur douleur. Le silence peut structurer le discours ou l’ensevelir ; face à un système vulnérable aux influences du marché et du pouvoir, il appelle au courage civique. Haïti saura-t-elle transformer ce silence en cri pour une justice équitable ?

Me Inodet Mésier, av au Barreau de Port-de-Paix. Celui qui veut être la voix des sans voix.

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