HAÏTI: LE TEMPS DES MANDARINS!!!

” De nos jours (et cela rend la tâche des réformateurs difficile), ce sont les peuples qui doivent comprendre.
Ernest Renan
Il y a juste trente-six ans, porté sur les rémiges d’un destin hors-pair, un Hercule- nain surgissait du néant, pour tenter d’ébranler les colonnes du Temple envahi par des vendeurs de tout crin, des acheteurs de toutes confessions et des spectateurs aveugles. Malgré tout l’appui qu’il recevait de ses affidés tant nationaux qu’internationaux, il faut admettre qu’il était porteur de puissance intérieure et d’un magnétisme qui attirait toute la limaille grisâtre d’une société dépressive. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, une pureté présomptive collant à son statut de prélat, son nom, quoique sibyllin, résonnait tel un lambi nègre dans une tragédie cornélienne. Jamais de mémoire d’homme, on n’a vu un fanatisme aussi débridé tomber à bras raccourcis sur une population qui ne souhaitait qu’un peu de paix après des années de dictature, de répression et de chaos.
Mais que s’est-il passé pour que nous en arrivions là. S’il est une constante dont on nous rabat les oreilles à longueur d’histoire, c’est que nous serions un peuple excessivement pacifique parce que primaire et extrêmement bon parce que confiant. Or, les extrêmes n’ont jamais fait bon ménage avec la logique. C’est pourquoi notre Histoire n’a jamais offert qu’un spectacle de déséquilibres qui se tiennent à l’entrée et à la sortie des tunnels creusés dans notre vie. En un mot, on n’a jamais tenu compte des notions de gradation ascendante ou de progression arithmétique capables d’assurer le succès de tout cheminement social. Nous avons pris l’habitude de sauter de la conception à la réalisation de projets sans nous arrêter, autant que faire se peut, sur une dynamique de progression.
Un fait est certain: les gouvernements Haïtiens n’ont jamais su se définir convenablement ou s’identifier correctement par rapport à un quelconque courant de pensées.Il n’y a pas beaucoup de Chefs d’État Haïtiens qui aient eu la décence de laisser le pouvoir au terme de leur mandat. Il fallait toujours les en chasser à coups de révoltes. Et dans l’enchaînement qui s’ensuivait, un gouvernement venait toujours en réaction à celui qui le précédait. Pire encore, s’il n’en venait qu’aux thuriféraires traditionnels et professionnels, la véritable histoire nationale ne commencerait qu’avec le gouvernement de l’heure, le Gouvernement qu’ils servaient. Quelle balourdise! Pourtant, on ne le sait que trop:” Ex nihilo nihil”.
Toujours est-il que Magloire et Aristide n’ont pas fait mieux qu’ Estimé et Duvalier . Pourtant, Aristide ne faisait qu’empirer la situation du pays. Ce qui faisait croire à l’étranger, toujours contempteur de la race et nostalgique d’une certaine période coloniale, qu’il nous manque un ou deux éléments dans notre héritage génétique. Parlant de cet axiome, la Communauté Internationale n’a pas tardé à faire le saut dans la politique nationale, devoir d’ingérence oblige! Ce fut d’autant plus facile que l’invitation officielle venait, elle- même, de soi-disant responsables nationaux avides de reconquérir, coûte que coûte, un pouvoir mal intentionné, mal conçu, mal exercé. (À SUIVRE)
Par J.L.T.






