Cabral Libii promet de briser les 43 années de domination et de forger un « Nouveau Cameroun » rempli d’espoir et de renouveau [Interview]

Dans cette troisième interview, Cabral Libii, candidat du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN), exprime avec force sa frustration face au système actuel et dévoile sa vision ambitieuse pour l’avenir du pays, en particulier pour sa jeunesse.
Cabral Libii, en tant que président du PCRN, votre candidature a été officialisée après des tensions internes au sein de votre parti. En analysant votre parcours, il apparaît que vous incarnez une volonté de renouvellement, une génération prête à rompre avec la politique passée. Qu’est-ce qui vous prépare réellement à diriger le Cameroun aujourd’hui ?
Trois éléments clés. Le premier concerne notre engagement sur le terrain, à la base. Nous sommes entrés en politique en 2017, perçus dès lors comme la jeunesse du mouvement. Même si notre performance lors de l’élection présidentielle de 2018 a été encourageante, nous étions conscients qu’il nous fallait rattraper notre retard face à une classe politique plus ancienne et expérimentée. C’est pourquoi nous avons mis en place une stratégie de travail acharné, visant à renforcer et à étendre notre parti, en investissant dans la structuration et la proximité avec les populations.
Le second aspect, c’est notre engagement au sein du Parlement. Élus en 2020, nous avons fait de notre mandat un exemple de sérieux et de responsabilité. Bien que nous ne soyons que cinq députés sur 180, nous avons su faire entendre des problématiques cruciales pour les Camerounais, tout en proposant des solutions concrètes pour améliorer leur quotidien.
Troisièmement, notre vision politique est claire et structurée. Nous avons publié deux ouvrages : en 2021, « Federalisme communautaire », qui expose notre approche idéologique, et, en 2022, « Le Manifeste pour le Changement et le Progrès », un document d’environ 400 pages. Certains le trouvent très détaillé, mais notre objectif était de montrer que nous réfléchissons en profondeur, que notre projet est pensé sur le long terme, et qu’il repose sur des analyses solides.
Selon vous, quels sont les principaux échecs du gouvernement actuel ?
Depuis 43 ans, le Cameroun est dirigé par un même système. Les résultats sont là : gaspillage, scandales financiers, infrastructures en ruine, pénurie d’électricité, économie en stagnation, chômage en hausse. La systématique du statu quo montre que le pouvoir est à court d’idées novatrices. Le peuple en a assez et réclame un changement urgent.
Nous portons une vision d’avenir pour notre pays. Le Cameroun regorge d’un potentiel extraordinaire. Pourtant, il est paradoxal de constater que, malgré ses ressources naturelles et énergétiques, il souffre de coupures d’électricité récurrentes. Avec une capacité hydroélectrique estimée à 23 000 mégawatts — la deuxième en Afrique après la RDC et la 18e mondiale —, il est incohérent de connaître des défaillances dans ce secteur. De même, alors que chaque Camerounais dispose en moyenne de 21 000 m³ d’eau par an, contre une moyenne mondiale de 7 500 m³, il est inacceptable d’avoir des pénuries d’eau potable. Ces dysfonctionnements traduisent une gestion défaillante et un abus du système actuel.
Le pays reste aussi trop souvent considéré comme une simple réserve de matières premières pour les grandes puissances mondiales. Il doit changer de cap. Nous ne pouvons plus continuer à vivre dans cette dépendance et cette marginalisation.
Votre discours insiste sur le fédéralisme — « fédéraliser » et « mutualiser » les ressources. N’avez-vous pas peur que cette stratégie, en fragmentant davantage, affaiblisse l’opposition face à Paul Biya ?
Le fédéralisme est au cœur de notre projet. Nous proposons un modèle de fédéralisme communautaire, parce que le Cameroun est un pays de diversité ethnique, linguistique, culturelle — une véritable « miniature de l’Afrique ». Il est vital de donner plus d’autonomie aux régions pour qu’elles puissent exploiter leurs ressources et répondre aux besoins locaux.
Concernant l’unité des forces politiques, il est vrai que cette idée revient souvent au niveau local. Mais deux points essentiels doivent être soulignés. D’abord, d’un point de vue historique, le premier scrutin présidentiel multipartite a eu lieu en 1992. Depuis, chaque élection a vu le top trois des candidats recueillir plus de 95 % des suffrages, ce qui montre que les électeurs sont rationnels et qu’une multiplication des candidatures ne divise pas forcément le vote. En réalité, les citoyens savent distinguer ceux qui sont sérieux de ceux qui ne le sont pas.
Ensuite, au-delà des coalitions de candidatures, il faut se concentrer sur la transparence du scrutin et la surveillance des votes. Le régime en place maintient son pouvoir en manipulant systématiquement les résultats, grâce à des fraudes sophistiquées. La véritable opposition doit s’unir pour renforcer la crédibilité du processus électoral.
Votre projet politique s’articule autour de 11 piliers, détaillés dans votre « Manifeste pour le Changement et le Progrès ». Pouvez-vous nous en donner un aperçu, notamment sur la modernisation de l’économie et la réponse aux aspirations des jeunes ?
Notre vision peut se résumer ainsi : « Un Cameroun qui protège et libère le potentiel. » La clé de la développement réside dans une industrialisation accélérée. Nous devons valoriser l’agriculture, arrêter d’importer ce que nous pouvons produire localement, et stimuler le secteur industriel pour créer des emplois.
La jeunesse, qui constitue plus de la moitié de la population, regorge d’idées innovantes et créatives. Elle doit accéder à des financements, créer des startups ou de petites entreprises. C’est pour cela que nous proposons la création d’une « Banque pour l’Investissement et l’Innovation » (B2I), pour soutenir ces jeunes entrepreneurs.
Par ailleurs, il est crucial d’adopter la double nationalité, afin de mobiliser la diaspora camerounaise, qui constitue une ressource économique majeure. Leurs compétences, investissements et transferts de fonds peuvent accélérer la croissance.
Enfin, je crois fermement que le changement tant attendu interviendra le 12 octobre 2025, en notre faveur. Dans les 10 à 20 prochaines années, nous voulons que l’histoire du Cameroun soit celle d’un miracle économique, grâce à une gestion transparente, à la valorisation des ressources et à l’implication de toute la population dans la construction d’un avenir meilleur.






