Enfants et écrans : une génération «ultra-connectée», l’alerte de Santé publique France

par Mizane Info
Dans un dossier publié ce vendredi 2 octobre, Santé publique France alerte sur la place désormais massive des écrans dans le quotidien des enfants et adolescents. En 2025, les foyers français possédaient en moyenne plus de dix équipements numériques, tandis que les 3-5 ans passaient déjà environ 1 h 30 par jour devant les écrans et les 9-11 ans près de 2 h 30.
Une génération devenue «ultra-connectée» ? L’agence Santé publique France met en garde contre des effets bien documentés sur le sommeil, la sédentarité ou encore la vision, tout en appelant à ne pas réduire le problème à la seule responsabilité des parents. Elle plaide pour une réponse collective associant réglementation des plateformes, prévention et éducation.
Dès 3 ans, plusieurs heures d’écran chaque jour
Le constat dressé par Santé publique France est sans ambiguïté : les écrans occupent désormais une place centrale dans la vie quotidienne des jeunes. Les enfants de 3 à 5 ans passent environ 1 h 30 par jour devant un écran, tandis que les 9-11 ans approchent les 2 h 30 quotidiennes. L’usage des réseaux sociaux augmente ensuite nettement au collège, avec une exposition plus importante chez les filles.
Cette omniprésence s’inscrit dans un environnement familial lui-même fortement numérisé. Le Baromètre du numérique 2026 estime qu’en 2025, les foyers disposant d’une connexion fixe possédaient en moyenne 11,2 équipements numériques, contre 9,6 l’année précédente. Santé publique France souligne aussi de fortes inégalités sociales : les enfants dont les parents sont moins diplômés passent davantage de temps devant les écrans et disposent plus souvent d’un écran directement dans leur chambre.
Sommeil, sédentarité, vue : des effets désormais bien documentés
Les conséquences physiques de cette exposition sont aujourd’hui mieux connues. Santé publique France cite notamment les troubles du sommeil, la sédentarité accrue et certaines atteintes visuelles. Chez les adolescents, l’usage intensif des réseaux sociaux peut également contribuer à l’anxiété, au cyberharcèlement et à une captation excessive de l’attention.
L’agence reprend notamment les conclusions de l’Anses, qui estime que les plateformes utilisent des mécanismes conçus pour retenir l’attention des jeunes et exploiter certaines vulnérabilités propres à l’adolescence. Les filles apparaissent particulièrement exposées à plusieurs de ces effets. Cependant pour Santé publique France, les liens entre écrans et santé mentale sont plus complexes que ceux observés pour le sommeil ou la sédentarité.
De même, les travaux scientifiques relativisent l’idée selon laquelle toute exposition aux écrans entraînerait mécaniquement des difficultés cognitives, notamment lorsque les usages sont accompagnés et encadrés. Dès la petite enfance, l’agence met toutefois en avant un phénomène particulier : la «technoférence» parentale, lorsque l’attention du parent est régulièrement interrompue par son téléphone ou un autre écran, au détriment des interactions avec l’enfant.
Ne plus faire porter toute la responsabilité sur les familles
Pour Santé publique France, la gestion des écrans ne peut plus reposer uniquement sur les parents. L’agence estime qu’il faut passer d’une logique de responsabilité individuelle à une approche collective, combinant réglementation, prévention et éducation. Les auteurs recommandent notamment d’améliorer l’éducation aux médias, d’accompagner davantage les parents et de développer des activités sportives, culturelles ou sociales offrant de véritables alternatives au numérique.
Santé publique France refuse toutefois une approche uniquement punitive. L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans ou celle du téléphone portable à l’école ne font d’ailleurs pas consensus parmi les chercheurs et professionnels interrogés. L’enjeu dépasse désormais la seule question du temps passé devant les écrans : il porte aussi sur la manière dont les plateformes sont conçues, les contenus auxquels les jeunes sont exposés et l’accompagnement dont ils bénéficient.
Pour Santé publique France, les écrans peuvent aussi servir aux apprentissages, à la créativité ou à la socialisation. Le défi n’est donc pas de faire disparaître le numérique de la vie des enfants, mais d’empêcher qu’une vie devenue «ultra-connectée» ne se construise au détriment de leur sommeil, de leur santé et de leurs relations sociales.
source : Mizane Info






