LETTRE OUVERTE À PASCALE , RÉGINALD BAZIN, MAX CASSÉUS …

“Une fleur désséchée est toujours une fleur
Qui même emprisonnée dégage le bonheur ” J.L.T.
Au seuil d’un siècle atroce, Joujou Guignard Casséus a laissé sa vie comme on jette une obole dans la sébile du mendiant. En ce sens, elle ressemble à toutes ces mères haïtiennes qui se laissent glisser dans le néant après avoir, en souveraine incontestée, occupé tout l’espace de leur maternité constamment douloureuse. Pour n’avoir pas eu la chance de connaître les douceurs de cette maternité que l’humanité a reçue en partage, je n’en mesure que mieux l’immarcessible profondeur. Et le vide que laissent des êtres aussi chers dans la vie de ceux qui restent se révèle difficile sinon impossible à combler . Je n’ai eu que mon père, certes tendrement aimé, mais parti en solitaire sur la barque de la mort. Les circonstances de la vie m’ont empêché d’être à son chevet au moment où la Parque lui faisait les yeux doux. Car, l’exil m’a enlevé l’occasion de dire à ce créateur humain, l’importance qu’il avait pour celui qu’il a contribué à créer, de toutes piéces, en le dotant de qualités et de défauts proprement humains. Puisse-t-il me pardonner cet impardonnable accroc fait à ma sensibilité d’homme et de Fils!
Mes chers Amis,
Je comprends votre douleur et je m’incline devant votre désir d’avoir voulu garder pour toujours Celle qui vous a dit :” Sois”. Mais l’éternité est en soi, le cadeau suprême que fait l’Être Suprême à ceux qu’il apprécie et aime par-dessus tout. Aujourd’hui, dans votre douleur, vous ne faites que vous inclure dans une parenthèse délicate qui finira par se refermer sur la joie des retrouvailles célestes .Car, qu’est-ce que la Mort sinon qu’une ouverture sur des espaces inconnus et sans limite ? Qu’est ce que la Mort sinon qu’une occasion de faire les comptes entre ceux qui se sont vraiment aimés .Vous et moi, on essaie de marcher dans les sentiers creusés par les pas de nos parents. Même quand nous nous sommes écartés de l’héritage sacré légué par ces êtres chers, nous nous sommes toujours arrangés pour témoigner de notre respect à ceux qui nous l’avaient imposé.
Votre aventure ressemble donc bien à la mienne : pour nous la chaîne de continuité s’est rompue. Et c’est simplement maintenant, que laissés à nous-mêmes par ceux que nous prolongeaint au-delà de toute mesure, nous avons pour devoir de témoigner de ce que nous avons reçu.Entre autre don:un amour incommensurable pour la terre natale et un respect absolu pour les valeurs de l’Ancêtre tombé au champ d’honneur pour que les héritiers puissent se regarder dans les yeux et du même coup contempler le soleil. Malheureusement, les politiques Haïtiens se sont mis à abuser de leur pouvoir temporel. Ils ont obéré l’héritage jusqu’au point où, aveugles et handicapés nous n’arrivons pas à voir le lever du jour encore moins à nous intégrer à ses premiers rayons. Et, ô douleur infinie ! Nous avons remis notre destin en des mains étrangères, qui, par commissions interposées se moquent aujourd’hui du sacrifice de l’Ancêtre.
Quoiqu’il en soit, chers amis, :” Après la mort, la vie reparait sous une autre forme et avec des propriétés nouvelles, disait Louis Pasteur. Votre mère comme la mienne n’est pas morte et s’il faut parodier Alfred Jarry dites :” la mort n’est que pour les médiocres. De là où elle est, elle veille sur vous”. Toutes les deux, la mienne et la vôtre, elles montent la garde autour de nos espoirs pour ce pays et de nos efforts pour les concrétiser. Elles n’auront de cesse de nous dicter notre conduite dans cette espèce de confusion malsaine qui nous submerge. Leur repos éternel est lié à notre victoire définitive sur les déprédations de l’obscurantisme contemporain.
Mes très chers Amis,
Aucun mot, certes, ne vous rendra votre Mère. Aucune parole ne peut répéter le miracle de Lazarre. Pour avoir moi- même été privé de ce morceau de vie, je comprends davantage votre douleur ,à vous qui avez toujours pensé que les Mères Haïtiennes sont immortelles. Et, en effet, elles le sont, poussière d’astres qui emplit nos poumons anémiés, fleurs de nos champs qui purifient l’air qui nous entoure malgré les insanités jetées dans nos potions quotidiennes. Vous venez de perdre Celle qui passait ses bras sur vos épaules en vous disant “Courage “, à chaque fois que vous intimidaient les spectacles morbides de la vie. À mon tour de vous dire:” Soyez forts” car, c’est aujourd’hui que doit s’ouvrir votre parenthèse à vous sur ce que l’Autre appelle un ” surcroît d’humanisme.
Puisse Joujou trouver dans l’entourage de l’Être Suprême, la récompense promise à tous ceux qui se sont bien acquittés de leur mission temporelle ! Quant à Vous, Pascale, Réginald et Max, puissiez- vous découvrir dans l’alcool fort de ces quelques mots des vertus anesthésiantes pour traverser sans encombre ces moments de douleur et d’incertitude!






