Position de la FHAMEJOUDDH sur la résolution 2814 (2026) renouvelant le mandat du BINUH

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Communiqué #5

Port-au-Prince, le 8 février 2026

La Fédération haïtienne des associations de médias et de journalistes pour la défense des droits humains (FHAMEJOUDDH) a participé, le vendredi 6 février 2026, à une séance d’échange organisée par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) à l’Hôtel Karibe, autour du soutien de cette mission au dialogue national inter-haïtien, conformément à la résolution 2814 (2026) du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée le 29 janvier dernier.

Cette rencontre, initiée par la Section des affaires politiques et de la bonne gouvernance (PGG) du BINUH, a réuni plus d’une trentaine de représentants du monde académique, d’organisations de la société civile, de plateformes citoyennes et de communautés religieuses.
Elle visait à favoriser un échange ouvert sur la nature de l’appui attendu du BINUH au processus politique haïtien, à la participation politique inclusive et à l’organisation d’élections crédibles devant conduire au retour à l’ordre constitutionnel.

Créé en juin 2019 par la résolution 2476 du Conseil de sécurité, le BINUH s’est vu confier un mandat centré sur trois priorités : la stabilité politique et la bonne gouvernance, l’appui à un dialogue national inclusif et la protection des droits humains.
Après plus de sept années de fonctionnement, la FHAMEJOUDDH estime que le bilan de cette mission demeure mitigé, au regard de l’aggravation continue de la crise politique, sécuritaire et humanitaire que traverse le pays.

Depuis 2019, Haïti a connu une succession d’événements majeurs ayant profondément fragilisé l’État.

– La caducité du Parlement en janvier 2020, l’absence prolongée d’élections, puis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 ont plongé le pays dans une crise politique durable.
– Les gouvernances intérimaires successives n’ont pas permis de restaurer la légitimité démocratique ni de recréer la confiance entre l’État et les citoyens.

En matière de dialogue national, la FHAMEJOUDDH constate que les conditions minimales d’un processus structuré, inclusif et sécurisé ne sont toujours pas réunies.

Le tissu social et politique est profondément fragmenté. L’insécurité généralisée limite fortement les espaces de concertation et entrave toute tentative de dialogue national crédible.

Les initiatives engagées ces dernières années, y compris sous l’administration du Dr Ariel Henry ou dans le cadre du Conseil présidentiel de transition (CPT), n’ont pas abouti à un véritable dialogue inter-haïtien.

Les démarches portées par certains segments de la société civile, bien que pertinentes, sont restées trop sectorielles ou insuffisamment inclusives pour produire un consensus national durable.

S’agissant de la protection et de la promotion des droits humains, la FHAMEJOUDDH exprime une vive inquiétude face à la dégradation alarmante de la situation. Les homicides augmentent de manière significative. Plus d’un million et demi de personnes sont aujourd’hui déplacées internes. Les violences sexuelles et basées sur le genre connaissent une hausse vertigineuse. L’insécurité alimentaire atteint des niveaux critiques. L’effondrement du système carcéral et l’affaiblissement des forces de sécurité accentuent le sentiment d’impunité.

Au regard de ces constats, la FHAMEJOUDDH s’interroge sur la capacité réelle du BINUH, dans sa configuration actuelle, à créer les conditions favorables à un dialogue national inter-haïtien susceptible de déboucher, dès 2026, sur des élections crédibles et un retour effectif à l’ordre constitutionnel d’ici début 2027.
Fidèle à son engagement en faveur d’un plaidoyer constructif, la Fédération estime néanmoins que des améliorations sont possibles.
– Elle appelle le BINUH à renforcer sa communication stratégique afin de mieux faire connaître ses actions, ses résultats et les limites de son mandat auprès de la population.
– Elle plaide pour une présence plus visible et plus soutenue du BINUH dans les régions, au-delà de Port-au-Prince.
– Elle recommande un appui plus structuré aux médias et aux organisations de la société civile comme acteurs clés du dialogue, de la pédagogie citoyenne et de la lutte contre la désinformation.
– Elle encourage enfin la mise en place de mécanismes de dialogue progressifs, adaptés au contexte sécuritaire, visant à reconstruire la confiance entre les acteurs politiques, sociaux et communautaires.

Cette séance d’échange a réuni notamment le professeur Rosny Desroches (ISC), le professeur Édouard Paultre (CONHANE), Me Camille Occius (OCNH), Me Gédéon Jean (CARDH), M. Samuel Colin (FOHPDD), Mme. Martine Isaac (SOFEHJ), le Dr Luckner Édouard et M. Romel Pierre (Société haïtienne de criminologie), entre autres.

La FHAMEJOUDDH y était représentée par son président, M. Louiny FONTAL, et son conseiller stratégique, M. Max Evans SEIDE, qui ont porté la voix d’une fédération engagée pour une presse responsable en Haïti.

À propos de la FHAMEJOUDDH

La Fédération haïtienne des associations de médias et de journalistes pour la défense des droits humains regroupe des associations de médias et de journalistes actives sur l’ensemble du territoire national. Elle œuvre pour la liberté de la presse, la protection des journalistes, la défense des droits humains et l’utilisation stratégique de la communication comme levier de transformation sociale, de paix et de gouvernance démocratique. //
Pour information
+50934545420
fhamejouddh@gmail.com

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