DU POUVOIR INCONDITIONNEL À L’INDIFFÉRENCE ABSOLUE

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TRiboLAND

” On peut parce que l’on croit pouvoir”
Virgile dans l’Enéide

Le Pouvoir est un virus qu’on attrape et dont on guèrit difficilement . Cette maladie n’épargne pas la plupart des leaders Haïtiens en mal de messianisme. Chacun d’eux se croit investi d’une mission permanente de sauvetage de la Patrie ballotée par les raz de marée èpisodiques d’une histoire toujours maintenue dans l’oeil du cyclone. De 1804 à nos jours, aucun répit n’est laissé à une population plus portée sur les débordements de joie collective que sur les jeux de guerre qui se font fort de remplir les nécropoles. ” Bon Dieu bon” reste toujours le refrain de l’ haïtien authentique. Une charge intérieure d’espoir dont pourtant personne ne tient compte. Au contraire, l’adversité simple, apanage de tous les humains, est utilisée comme agent corrupteur de vertus, spoliateur de valeurs de civilisation. Et l’on y substitue la fatalité aux serres rigides pour incurver l’histoire dans le sens de ses desseins et de ses intérêts.

C’est un peu l’aventure des mouvements politiques de ces trente-cinq dernières années, à cette époque où le choix du leader coincidait avec les aspirations du peuple trop longtemps maintenu hors des centres de décision. Ignorant délibérément l’étymologie anglo-saxonne du vocable leader (to lead: anglais) signifie conduire, les soi-disant leaders se sont toujours placés en aval des protestations populaires pour mieux exploiter la fureur des flots. Ainsi, ils apparaissent comme des complices plutôt que des conducteurs. À la vérité, ils sont moins que des pleutres à la traîne de la populace. Car eux, ils ont conscience de ce qu’ils font et ce qu’ils font, ils les éxécutent en experts. Grâce à cette méthode de combat, ils détiennent un pouvoir totalitaire, un droit de vie et de mort sur tous leurs concitoyens. Voilà ce qu’on appelle le pouvoir absolu qui n’est autre que celui détenu par un seul être sur dix millions.

Quoiqu’il en soit, la problématique du pouvoir en Haïti confère à toute tentative d’analyse sérieuse un caractère tragiquement dogmatique. En effet, si le pouvoir-fonction s’acquiert avec la pratique de gestion de la chose publique , le pouvoir-absolu n’est autre qu’une déviation du pouvoir- service dans la dérive de sa perspective socio-historique. En clair, cela revient à dire que tout Chef d’État passe toujours dans un premier temps par le simple exercice d’un pouvoir-fonction dont il est le plus haut exposant pour, dans un second temps, être tenté par l’absolutisme du pouvoir lui-même engendré par un désir immodéré de personnalisation de l’autorité suprême. De telles subtilités échappent au jugement du commun des mortels mais pourtant, elles sont perdues, ressenties dans toute leur acuité par les esprits retors à la direction des affaires de l’État ces trente-cinq dernières annèes. À preuve, la moindre de leurs prestations est indubitablement liée à un besoin d’acquérir un peu plus d’ascendance sur des esprits prêts à accueillir non pas un Chef mais un Messie.

(À SUIVRE) J.L.T

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