Deux figures majeures de l’opposition arrêtées au Cameroun, intensifiant la crise post-électorale alors que l’attente du verdict final se fait de plus en plus pesante.

Par TRiboLAND.com
Deux dirigeants de l’opposition de premier plan au Cameroun ont été arrêtés, selon un communiqué de leur plateforme politique, l’Union pour le Changement, publié ce vendredi. Ces arrestations s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues dans le pays à la suite des élections présidentielles.
Anicet Ekane et Djeukam Tchameni, qui soutenaient la candidature d’Issa Tchiroma Bakary, se revendiquant vainqueur de la présidentielle du 12 octobre face au président sortant Paul Biya, auraient été appréhendés à leur domicile par des forces de sécurité lourdement armées. La plateforme accuse les autorités d’avoir procédé à leur arrestation dans le but de museler l’opposition et de dissuader tout mouvement contestataire.
Par ailleurs, le parti d’opposition, le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM), a dénoncé la disparition de plusieurs de ses membres, qu’il accuse d’avoir été enlevés par des forces de sécurité locales. Cette situation est perçue comme une tentative d’intimidation visant à dissuader la population camerounaise de manifester contre ce qu’elle considère comme une fraude électorale.
De leur côté, Issa Tchiroma Bakary revendique la victoire, en s’appuyant sur des résultats qu’il affirme avoir compilés avec son parti, tandis que le parti de Paul Biya l’accuse de vouloir troubler le processus électoral. La commission électorale du pays doit annoncer les résultats définitifs ce lundi, mais les partisans de l’opposition ont déjà commencé à organiser des manifestations pour dénoncer ce qu’ils qualifient de tentative de manipulation du scrutin.
Les protestations ont débuté samedi dans la ville de Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest, où des motocyclistes ont bloqué les principales routes pour exiger un scrutin crédible. D’autres manifestations ont également eu lieu dans différentes villes, avec des affrontements entre manifestants et forces de sécurité, qui ont parfois tourné à la violence. En début de semaine, un homme a été tué dans la ville de Garoua, lors d’une manifestation, selon les autorités. La victime, une enseignante primaire de 30 ans nommée Zairatou Hassana, n’était pas partie en manifestation mais effectuait des vérifications auprès de sa sœur, encore absente de l’école au moment du drame. Son décès a profondément choqué la communauté, M. Adji, son oncle, déclarant à l’Associated Press : « Sa mort me laisse un souvenir amer de ce régime, comme à tous les Camerounais. »
Par ailleurs, le gouvernement a bloqué la vente de carburant de contrebande dans le nord du pays, en partie pour limiter l’utilisation de ce produit par des manifestants. Cependant, cette mesure a paralysé l’économie locale, ce qui risque d’accroître encore davantage la tension sociale. En réponse, Tchiroma Bakary a appelé à des manifestations nationales pour dimanche, dénonçant ce qu’il qualifie de tentative d’arrestation qui constituerait une « atteinte à l’ensemble du peuple camerounais » et réclamant la reconnaissance de la victoire de l’opposition par les autorités.
Ce contexte de forte contestation et de répression souligne la fragilité de la situation politique au Cameroun, où les enjeux électoraux s’accompagnent d’un climat d’incertitude et d’affrontements, laissant craindre une escalade des tensions si aucune solution pacifique n’est trouvée rapidement.






