LE CRÉPUSCULE DES VAUTOURS….

Par JLT
“Lorsque dans le silence de l’abjection, l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclave et la voix du délateur, lorsque tout tremble devant le tyran et qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraìt chargé de la vengeance des peuples. C’est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l’empire”. François René de Chateaubriand
Le 11 Septembre 2001, le monde entier, les États-unis en tête, bascule dans l’horreur. Sur l’Occident étonné et confortable dans son opulence, l’horreur s’est abattue, traduisant en victimes innocentes la haine de l’homme pour l’homme et en tueries gratuites les revendications justifiées ou non d’une catégorie inattendue d’individus dépourvus du sens commun d’un humanisme primaire. Et l’on est encore à se demander comment on peut prétendre aimer l’homme, comment on peut engager une lutte de libération de l’homme et s’acharner en même temps de part et d’autre de la planète à détruire l’homme.
Mais qu’on soit du Moyen-Orient désabusé ou des Caraibes méprisées, les raisins de la colère semblent avoir le même goût. Et les enjeux qui se profilent à l’horizon des revendications exercent les mêmes pressions sur les consciences agitées d’Hommes d’État qui se perdent aujourd’hui dans les dédales complexes des solutions à apporter aux problèmes cuisants du terrorisme individuel et celui d’ État tout aussi dommageable pour la paix mondiale. Au moment où la plus grande puissance mondiale menait une guerre sans merci au terrorisme international, des institutions supra -nationales faisaient la navette en Haïti pour tenter de trouver une solution à une crise politique sans précédent qui traversait cette nation. En un peu plus beaucoup de temps, un Chef d’État extrêmement populaire reconduit dans ses fonctions légitimes par une force armée de 23 .000 soldats bien équipés s’était vite transformé en tyran impénitent et en dictateur irrécupérable aux yeux des siens et de la communauté internationale.
Plus de 18 commissions de l’OEA dépêchées dans ce pays n’étaient pas parvenues à colmater les brèches profondes causées au tissu social haïtien par ces détenteurs du pouvoir. Les appels à la conciliation se faisaient de plus en plus nombreux en provenance surtout de ceux qui avaient donné un chèque en blanc à cet Homme d’Église pour diriger une petite nation hantée par les thuriféraires du pouvoir absolu et les perpétuels démons de l’anarchie endémique et de la turbulence historique .
On ne dira jamais assez de la dérive politique qui afflige l’histoire nationale. On ne cessera pas de dénoncer l’incompétence, la gabegie administrative, la corruption, l’immoralité du régime aristidien. Et si longtemps l’on avait quelque scrupule à pointer du doigt le principal responsable de cette situation inadmissible ,on s’en donne à coeur- joie aujourd’hui pour une fois de plus, une fois de trop, sauver un pays qui ne mérite nullement un tel destin de bassesse et d’incongruité. Le temps n’est sans doute plus à la valse-hésitation des “décision-makers” qui faisaient durer la torture imposée à tout un peuple tout en thésaurisant les dollars de frais de voyage accordés par les populations pas toujours riches des pays dits “amis d’Haïti “. Le temps n’est plus à cette mascarade infantile qui veut asseoir à la même table autour du même gâteau la hargne des frères-ennemis insatisfaits d’un ancien partage ou simplement déçus dans leurs attentes.Mais entre temps un peuple se meurt au fort du spectacle malsain donné par une communauté internationale dépourvue du mâle courage de remettre en question des choix qu’elle avait faits dans un tout autre contexte historique.
Alors qu’il suffisait de créer en Haïti les conditions normales de vie pour qu’émerge un leader capable d’aider ce pays à sortir de la fange de la sous-humanité dans laquelle l’ont plongé des régimes totalement décevants. Il suffit d’éliminer l’insécurité, de contrecarrer l’impunité, de combattre la corruption, de mettre un terme aux activités terroristes anarchisantes, de freiner les douteuses rentrées de fonds en provenance du traffic de stupéfiants pour extirper des sédimentations historiques la perle susceptible de prendre les rênes d’un pouvoir appelé à se débarrasser des ornières du passé et à aider ce peuple dans son inévitable ascension. Si comme on se plait à le répéter, pour la première fois de son existence, cette Nation a pu faire connaissance avec une volonté inébranlable de démocratisation de ses institutions; si en 1990, elle a pu faire son choix sans interférence, elle a, du même coup approfondi ce qu’il y a de plus exécrable,dans une expérience de non-culture politique. C’est une parenthèse qu’on doit dépêcher de fermer vite de peur d’être mis au banc des accusés par les générations futures. Et l’Autre a intérêt à suivre le conseil de Celui qui, dans un cri du coeur dont seuls sont pourtant capables ceux qui n’ont plus rien à perdre, eut à déclarer:” Que le geste de Soulouque démissionnaire soit répété pour que la Nation ne soit plus livrée aux déprédations de l’étranger. Malheureusement, si cette diatribe soulouquiste pouvait être tenue à l ‘époque de la grandeur de Rome, depuis, Rome n’a connu qu’une décadence inquiétante.
Quoiqu’il en soit dans une cacophonie indescriptible quatre séries d’acteurs s’amusent à jouer leur rôle macabre. D’un côté, la Communauté Internationale coincée entre son désir d’aider la population haïtienne et ses regrets de n’avoir enfanté que des monstres de 90 à nos jours : Des exécutifs laxistes et immoraux, opposition faiblarde et têtue , une populace ignorante et profiteuse. Tant que les Haïtiens ne verront pas clair dans le jeu de ces intrants, pour chasser de leur histoire toute cette purulence nauséeuse, le cocktail gardera pour longtemps toute sa puissance de corrosion. Comme le dit Félicité Lammenaiz: “La cause la plus sainte se change en une cause impie, exécrable quand on emploie le crime pour la soutenir. D’esclave, l’homme de crime peut devenir tyran, mais jamais il ne devient libre. Et voilà pourquoi, c’est de liberté qu ‘il est aujourd’hui question. De liberté tout court, dont l’horizon est masqué par le ” crépuscule des vautours”






