Les combats dans le détroit ne sont pas terminés, mais…

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TRiboLAND

par Larry C Johnson

Un peu plus d’une semaine après la signature du protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, certains navires bloqués dans le détroit d’Ormuz ont tenté de le franchir, empruntant pour la plupart un itinéraire alternatif au sud du détroit, le long des côtes omanaises. L’Organisation maritime internationale (OMI) avait coordonné cet itinéraire alternatif avec Oman : il longeait les côtes des Émirats arabes unis et de la péninsule de Musandam, évitant ainsi le passage central miné par l’Iran. Cet itinéraire était important car il contournait entièrement le corridor désigné par l’Iran, qui passait plus près des eaux territoriales iraniennes.

Cependant, l’Iran et Oman se sont entendus, le mardi 24 juin 2026, sur un nouveau cadre (groupe de travail conjoint) pour la future administration du détroit d’Ormuz. Les deux pays ont convenu de créer un groupe de travail conjoint entre leurs ministères des Affaires étrangères afin d’examiner :

Les futures règles de navigation et l’administration du détroit.
Les services fournis (par exemple, la sécurité, le pilotage).
Les coûts associés (conformément aux normes internationales).
Chacun a réaffirmé sa souveraineté sur ses eaux territoriales dans le détroit.

La marine des Gardiens de la révolution a mis en garde jeudi contre l’utilisation de cette nouvelle route. Dans un communiqué diffusé par l’agence de presse officielle iranienne IRNA, des responsables de la marine ont déclaré que cette route avait été établie sans préavis ni concertation avec l’Iran, la qualifiant d‘« inacceptable et extrêmement dangereuse ». Selon les Gardiens de la révolution :

«La seule route autorisée pour traverser le détroit d’Ormuz est celle déclarée par la République islamique d’Iran. La navigation en dehors de ces routes est extrêmement dangereuse et interdite. Les contrevenants seront poursuivis.»

La veille, les Gardiens de la révolution avaient menacé un pétrolier par radio, un soldat l’avertissant : «Vous êtes à portée de nos missiles et nous pourrions vous tirer dessus», selon la société de sécurité privée Ambrey.

Jeudi, l’Ever Lovely, un navire battant pavillon singapourien appartenant à la flotte de la compagnie taïwanaise Evergreen Marine, a tenté de traverser le détroit d’Ormuz par un étroit chenal près des côtes d’Oman, suivant un itinéraire organisé par l’organisme de surveillance de la sécurité des opérations de commerce maritime du Royaume-Uni (UKMTO). L’Ever Lovely a été touché par un drone appartenant au puissant Corps des gardiens de la révolution islamique iranien. L’Iran aurait tiré au moins quatre drones sur des navires traversant le détroit jeudi. L’un d’eux a touché le pont supérieur de l’Ever Lovely.

Vendredi, les États-Unis ont attaqué l’Iran en « réponse » aux frappes menées la veille contre un navire commercial dans le détroit d’Ormuz.

L’agence de presse iranienne IRIB a rapporté qu’une explosion a été entendue à 23h15 au quai de Taheroui, à Sirik. Selon une source militaire, les déflagrations ont été causées par un projectile ayant touché la zone du quai. Cette source a ajouté qu’environ cinq heures auparavant, plusieurs tirs de sommation avaient été effectués depuis Sirik en direction de navires ayant violé les règles de navigation dans le détroit d’Ormuz. Des rapports indiquent également que deux missiles d’avertissement ont été tirés plus tôt depuis les environs de Karpan en direction du détroit.

Le Commandement central américain (CENTCOM) a déclaré que ses forces ont mené des frappes contre l’Iran le 26 juin en représailles à l’attaque iranienne perpétrée la veille contre le cargo M/V Ever Lovely, battant pavillon singapourien, alors qu’il quittait le détroit d’Ormuz au large des côtes omanaises. Le CENTCOM a précisé que les avions américains ont ciblé des sites de stockage de missiles et de drones iraniens ainsi que des positions radar côtières après que le navire a été touché par un drone d’attaque unidirectionnelle.

Bien que le CENTCOM ait présenté cette frappe comme une opération d’envergure contre l’Iran, et que les médias américains l’aient claironnée comme un acte de représailles majeur, la riposte américaine n’a causé que peu de dégâts et peut raisonnablement être interprétée comme un geste symbolique plutôt que comme une attaque punitive.

Le département des relations publiques du Corps des gardiens de la révolution islamique a publié la déclaration suivante :

Suite à la violation du cessez-le-feu par le régime israélien au Sud-Liban, le régime américain, en violation des traités, a également violé ses engagements une fois de plus.

Sous divers prétextes, notamment le transit d’un navire accusé d’avoir navigué par une voie non autorisée dans le détroit d’Ormuz, les États-Unis ont lancé une frappe aérienne contre les côtes de la République islamique d’Iran.

En réponse à cette agression, la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique a frappé des positions où sont stationnées les forces militaires américaines dans la région.

En vertu de l’article 5 du Mémorandum d’Islamabad, la responsabilité de la régulation de la navigation dans le détroit d’Ormuz incombe à la République islamique d’Iran.

Or, les États-Unis ont cherché à violer cet engagement en encourageant diverses parties à le défier. La riposte iranienne a été à la hauteur des attentes et il en sera de même à l’avenir. Si l’agression se répète, la réponse de l’Iran sera d’une ampleur bien plus importante.

Plutôt que de marquer un retour à la guerre, cet échange de tirs relève davantage d’une mise en scène militaro-politique. Je pense que l’Iran, grâce à des renseignements russes ou chinois, a appris que les États-Unis ont ordonné le rapatriement sur le territoire continental américain des avions, véhicules et troupes déployés dans la région en prévision de l’attaque du 28 février. Compte tenu des dégâts limités infligés par l’attaque américaine, je crois que l’Iran a opté pour une riposte mesurée plutôt que d’escalader le conflit et de risquer l’annulation de l’ordre de redéploiement par les États-Unis.

Pour l’instant, l’Iran conserve le contrôle du détroit d’Ormuz et les navires souhaitant le traverser se conforment à sa nouvelle politique.

source : Larry Johnson via Marie-Claire Tellier

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