La justice populaire s’intensifie au Cameroun, devenant une ombre inquiétante qui menace la stabilité sociale.

Par TRiboLAND.com
L’évolution du traitement des suspects de criminalité dans notre pays illustre un changement radical dans la perception et la gestion de la justice. Autrefois, la procédure classique voulait que toute arrestation soit suivie d’une transmission immédiate des suspects aux forces judiciaires compétentes, dans une logique de respect des lois et de confiance dans l’État de droit. Aujourd’hui, cette confiance semble s’être érodée, donnant place à une justice populaire qui, sous prétexte de justice immédiate, se traduit par des actes de violence extrême, souvent mortels.
Plusieurs causes expliquent cette évolution inquiétante. D’abord, la défaillance du système judiciaire et des forces de maintien de l’ordre est fréquemment évoquée. Hyppolite K. souligne la corruption, la lenteur, et l’impunité qui en découle. La population, confrontée à des preuves concrètes mais constatant que la justice n’est pas effective, perd patience et se sent abandonnée. La défaillance des institutions légales nourrit ainsi une frustration profonde, alimentant le recours à la justice populaire comme une forme de justice immédiate, perçue comme la seule réponse efficace face à l’insécurité.
Par ailleurs, le contexte socio-économique joue un rôle majeur. Félicité G. évoque le chômage élevé et la précarité comme des facteurs de vulnérabilité, notamment chez les jeunes. La pauvreté et l’absence d’opportunités engendrent une frustration collective, qui peut facilement se transformer en violence, surtout lorsque l’État semble incapable d’assurer sa fonction de protection et de répression. La justice populaire devient alors un exutoire collectif, une expression de la colère sociale face à l’impunité et aux inégalités.
L’aspect moral et éthique est également central dans cette analyse. Philippe O. condamne fermement ces pratiques, arguant qu’elles violent les droits fondamentaux et qu’elles ne peuvent constituer une réponse légitime. La justice doit rester la prérogative des institutions, pour préserver la dignité humaine et assurer un traitement équitable. La spirale de violence, si elle n’est pas contenue, risque de s’aggraver, avec la possibilité d’innocents victimes de lynchages, ce qui compromet gravement l’État de droit.
Enfin, cette situation soulève une problématique de gouvernance. La montée de la justice populaire reflète, en filigrane, un déficit de gouvernance, de transparence, et de confiance dans les institutions publiques. La responsabilisation des autorités et la réforme du système judiciaire, accompagnées d’un investissement dans le développement socio-économique, sont essentielles pour restaurer la confiance et endiguer cette vague de violence.
En résumé, la montée de la justice populaire traduit un déficit de gouvernance, une perte de confiance dans les institutions, et une colère sociale exacerbée par la pauvreté, la corruption et l’impunité. La solution à cette crise nécessite une approche globale : renforcer la justice, lutter contre la corruption, améliorer les conditions de vie, et sensibiliser la population au respect des droits humains fondamentaux. Sinon, la spirale de violence risque de s’aggraver, menaçant la stabilité même du pays.






