L’ ÉCLAIRCIE….

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TRiboLAND

Par J.L.T.

La surprenante et relative liberté d’expression dont jouit la Presse haïtienne augure d’une éclaircie soudaine dans nos moeurs d’ordinaire peu clémentes. La tolérance, compte tenu de nos habitudes de pensée, basée sur l’apologie de l’utilisation de la force, est la vertu des faibles. Elle traduit uncertain manque de caractère chez celui qui, par esprit de conciliation, encourage la contradiction, évite de relever l’insulte, recherche ce qui unit plutôt que ce qui nous divise.

Chaque fois que dans une société, pour une raison ou pour une autre, le seuil de tolérance tend à baisser, les penseurs ont parlé du triomphe des ténèbres sur la lumière. Ces périodes décrivent toujours le règne de l’ignorance arrogante qui accompagne le recul des idées et de la civilisation. L’inquisition, qui a fait dans l’intelligentsia européenne une hécatombe des plus beaux esprits, témoigne de ces périodes de terreur où le manque de contrôle des passions a porté les hommes à agir contre leur propre humanité. L’esprit de domination de l’homme le pousse à l’extravagance de prétendre détenir le monopole de la vérité. Il poursuit son prochain pour manifester son désaccord. Et quand ce désaccord met en jeu ses intérêts, ou ce qu’il croit être la mission de sa vie, l’homme devient impitoyable dans son intolérance. Les plus grandes guerres de l’histoire de l’humanité ont eu pour origine l’intransigeante orgueilleuse de la pensée.

L’intolérance individuelle peut être circonscrite avec moins de tort pour la société. Mais l’intolérance d’État devient une catastrophe. Car, ses conséquences pernicieuses affectent la vie d’un grand nombre d’hommes et paralysent le dynamisme de la société.

Les agents de l’État, dans les sociétés peu avancées, sont intolérants par nature. Les conditions mêmes d’accession aux postes de responsabilité les prédisposent à fausser le sens de leur rôle et à dépasser les limites de leur réalité d’hommes. Ils appliquent en leur faveur trop rigoureusement, peut-être, la loi naturelle de la survivance des plus forts. La moindre contradiction de leur vérité est perçue avec une sensibilité si chatouilleuse que la réaction est souvent le rejet, sans examen, du contradicteur avec les conséquences physiques et morales que l’on sait.

Les plus grandes avancées du progrès humain ont été réussies dans des périodes où la libre circulation des idées a favorisé l’éclosion des œuvres de civilisation les plus durables. Les gouvernements ont toujours porté à leur crédit, ces grands moments d’épanouissement de la créativité humaine, comme si leur rôle ne consistait pas à créer pour les hommes le cadre propre à leur permettre d’inventer l’avenir. La Renaissance porte en elle ce vent de liberté qui a influencé l’histoire de la civilisation pour plusieurs siècles.
(À SUIVRE)

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