Lettre à mon père et à ma mère

2,029

20 septembre 2021

Par Joe E. Sully

Mes chers parents, je suis fier d’être votre fils. J’en suis fier et je me réjouis de l’existence de cette nuit bleue et de rose, la nuit douce qui marchait vers la lumière. Toute cette explosion de vies innocentes et d’étincelles qu’engendra votre liaison profonde et divine en cette nuit étoilée et extasiée m’est toujours inconnue. Je devine que c’était une nuit blanche et féconde, votre secret bien voilé. Sinon, vous ne m’aviez rien caché, vous m’aviez tout dit, tout expliqué. Cette nuit a insufflé la vie. Ma vie.

Père, mère, je suis ici dans ces encres pour vous rendre hommage. Honneur et mérite à vous qui m’avez tant transmis, qui m’avez tout dit sauf votre secret de polichinelle. Vous m’aviez parlé de votre histoire, du terroir, de notre terre de créativité magnifique et de dérision outrageuse. Cette terre des violences gratuites et perpétuelles des hommes. L’Haïti qui saigne, qui danse, qui chante, qui plante, qui crée, qui pleure et qui saigne encore.

N’êtes-vous pas ce mapou du village, la racine de l’arbre qui tire sa force dans la terre qui nourrit et saigne ? Oui, ce sol est rouge du sang qu’il fait couler tandis qu’il nourrit ses enfants du vert d’assorossi et du rouge de betteraves. La bouche des enfants n’a pas été agacée, et pourtant ils grincent des dents. Ils font la grimace sans répit. Vous en aviez vu pareil depuis votre enfance; des enfants qui font la grimace aux gens qui passent. C’est là votre histoire. C’est là que vous puisiez votre force, votre résilience et votre sens de dignité, du sommet de la douleur. Vous m’en enseigniez hier encore.

Votre histoire me hante depuis toujours. Et il y a l’histoire du géant spirituel arraché de sa terre africaine, qui a miraculeusement traversé ce vaste cimetière à ciel ouvert qu’est l’Atlantique pour arriver ici, dans ce coin de monde triangulaire et mystérieux, et a éjaculé la cérémonie du Bois Caïman, ce réveil spirituel de toute une race. Cet homme a su ouvrir l’esprit des damnés pour les faire rêver de sortir de l’enfer, et vouloir être des hommes libres et prospères, à me rappeler vos dires, papa et maman.

Je me souviens aussi des noms immortels des âmes lumineuses et libératrices que vous vouliez que j’honore toute ma vie. Les Makendal, Biassou, Cécile Fatima, Sanite Belair, Toussaint, Dessalines, Christophe, Défilée, Pétion,  et j’en passe. Que j’admire ce tableau rayonnant que vous aimiez à me peindre jour après jour et dont les noms Alexis, Roumain, Price-Mars, Gerald Brisson, Firmin, Charlemagne Péralte, Pierre Sully et tant d’autres astres débordaient sur le canevas. L’amour de la patrie et la poursuite du bien commun les habitaient. Au début, ils parvenaient à empêcher que notre monde se défasse. Notre monde à nous, enfants de Saint-Domingue. Mais le lourd fardeau de l’histoire qui pesait sur les épaules de ces maîtres nous a été transmis, nous qui ne sommes que des fuyards. 

Oh que faites-vous des Titid, Ti René, Sweet Micky et tout le reste du clan des fuyards vauriens, chers parents?! Vous ne les aviez pas vus venir dans le brouillard du vent de la destruction des institutions et du rêve de l’homme haïtien. Le vent de la dominance et de l’égoïsme conquérant qui les emporte vers les arrêts de la vie. Ils ont laissé le vent baigner leur tête nue.  Et tout à coup, destruction, affront, ignominie, violences gratuites et perpétuelles. Le vent de la violence des hommes emporte tout avec lui. Et pourtant vous aviez tenté de me prévenir du départ dans l’affliction du berger de la nation. Le 58e président. Il passe comme les nuages, les nuages qui passent par-dessus ma tête. Et des humains, anges et démons l’ont pleuré. Pour eux, il n’était ni saint ni diable, mais un président qui a donné sa vie pour une cause à laquelle il a cru, par amour pour son pays. Que le ciel me garde de juger ces frères et leur opinion de l’homme! D’autant plus que vous, chers parents, m’avez appris à ne pas piétiner un homme qui s’enfonce vers la terre. Encore plus si l’homme a été sacrifié comme un taureau ou un agneau. Je vole encore dans l’univers de compassion et d’empathie qui m’ont été inculquées. Le sang et la violence des hommes ont fait un affront à votre terre, chers parents. Les rumeurs de la ville apportent des larmes émues dans les yeux de mon cœur endeuillé. Le fanatisme aveugle et boiteux rend certains incapables de s’indigner. Seule la vérité de l’âme compte.

La vérité, c’est que notre patrie se contredit. Une terre de liberté bourrée d’hommes qui ne goûtent pas à la liberté. Pays d’une beauté attrayante qui repousse ses fils et filles par sa laideur.  Pays de l’intelligentsia qui monte plus haut que les cieux, mais où l’idiotie abondante des hommes est reine. Pays de soleil qui sourit aux jeunes sans espoir, mais où la pleine lune tourne le dos aux adultes avec leur vie de regrets. Pays qui hissa le drapeau de la liberté des esclaves nègres en 1804, pays où les nègres n’ont jamais su être libres depuis 1804. Pays des personnes vidées d’elles-mêmes, de leur culture, leur histoire, leurs racines identitaires pour s’acheter des étrangers remplis d’eux-mêmes, leurs cultures, leurs histoires, leurs racines identitaires.

Par-dessus tout, vous m’avez transmis l’amour de cette patrie de contradictions, sens dessus dessous. Vous m’avez enseigné l’amour de la chère patrie et du bien commun qui procure le bonheur qui, comme un fleuve, ne tarit jamais. Et du sommet de votre bonheur, vous m’aviez annoncé qu’un jour je prendrais mon vol comme l’aigle, vers d’autres horizons. Me voilà tout bleu à l’horizon lointain. D’ici, l’amour de la patrie grandit et pousse des branches. Avec la voix et les ailes que me donne la vie, je passe partout semer de l’amour de notre patrie qui saigne et qui nourrit en même temps. La vertu d’embrasser Haïti terre de feu et de magie telle qu’elle m’a été donnée par vous, chers parents, et je vous en remercie avec des lèvres qui dansent, qui chantent, et qui disent tout leur bonheur. La force que j’ai héritée de vous est devenue encre, dirait-on. Je n’ai aucune raison de vous reprocher de quoi que ce soit. Il n’y a rien à vous reprocher d’ailleurs, même pas le fait de m’avoir conçu haïtien de sang et de peau.

Du haut de mon haïtianité, je m’incline, mes chers parents, tandis que mes lèvres chantent vos mérites. Sur le linteau de la porte de la vie, ma gratitude dorée est tatouée en majuscule, tandis que le monde vous offre une pluie d’ovations, en guise d’éloge fait à deux dieux imparfaits d’Haïti.  

Extrait du livre « Le Pays Rêvé : Haïti 2054 », par Joe E. Sully en signature à Washington, DC bientôt.

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